Juin 2004 / No.2
retour à la page d'accueil
DEUX VOIX POUR UN MEME HUMANISME EN ARCHITECTURE

L’amphithéâtre de l’Alba accueillait les 29 et trente avril derniers deux architectes urbanistes de talent : Michel Corajoud, spécialisé dans un paysagisme à dimension humaine et Ariella Masboungi, qui travaille à l’humanisation des espaces publics. Ces deux personnalités ont captivé leur auditoire par des exposés empreints de leur expérience professionnelle et marqués par leur vision du métier d’urbaniste.
Michel Corajoud, projets et réalisations

Michel Corajoud a débuté sa carrière, après avoir étudié à l’école des Arts Décoratifs, en travaillant chez Bernard Rousseau, ancien collaborateur de Le Corbusier. Il entre ensuite dans le domaine du paysagisme, en collaborant avec Jacques Simon. Il enseigne aussi à l’école d’horticulture de Versailles. Par la suite, il s’associe avec Claire Corajoud, son épouse, diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Horticulture. «Elle m’aide à traverser les échelles» dit-il en parlant de la réussite de leur collaboration. L’une des principales réussites de l’«Atelier Corajoud» est le parc de Sausset, projet que Claire Corajoud a remporté sur concours.

Michel Corajoud fut le premier paysagiste à obtenir le Grand Prix d’Urbanisme pour son travail sur les jardins publics à  échelle humaine et leurs rapports les plus minutieux à la ville. Parmi les projets de l’« Atelier Corajoud », nous pouvons aussi citer l’Avenue d’Italie à Paris, les quais de la rive gauche de Bordeaux, le parc de Gerland à Lyon. Il a également participé en 1992 au concours pour le réaménagement de la Forêt des Pins à Beyrouth. Michel Corajoud a écrit plusieurs ouvrages, dont «Les neuf conduites du projet», où il explicite sa méthode de travail qui s’applique à tous les projets d’architecture et d’urbanisme.

Ses idées phares

Dans ses projets, l’«Atelier Corajoud» met l’accent sur l’humanisme qui consiste à intégrer le jardin dans le quotidien des gens et dans leur culture, mais aussi sur l’amour de la nature travaillée - allusion nostalgique au travail du paysan. Son étude se concentre aussi sur la recherche de l’harmonie et de l’interaction entre la nature et la ville urbaine, ce qu’il appelle la "suburbanité". L’importance accordée aux mouvements du site,  à la direction du vent et à l’orientation joue, selon lui, un grand rôle dans la conception du projet. Une autre idée intéressante est la notion d’horizon, qui tient compte des perspectives et des limites définissant l’espace.

Michel Corajoud exerce le paysagisme en lui donnant du sens ainsi qu’une forte connexion à son environnement. C’est un homme qui a choisi d’être conservateur pour rattacher, de manière subtile, le présent aux héritages du passé. Le travail de l’ «Atelier Corajoud»  fait preuve de conscience et de vision, au-delà de la ville. Michel Corajoud pense que moins l’intervention est importante, plus elle est réussie : «il faut transformer l’espace au lieu de le changer
».

Ariella Masboungi, projets et réalisations

Architecte urbaniste d’origine libanaise, Ariella Masboungi est chargée de mission auprès du Directeur Général de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction pour le projet urbain. Elle étudie l’évolution des villes nouvelles en Europe, plus particulièrement la capitalisation de la ressource de ces villes qui ont l’ambition de devenir des pôles d’attraction et non de simples villes de banlieue.
Son travail ne s’arrête pas là,  Elle est présidente de l’Ecole d’Architecture de la Ville et des Territoires de Marne-la-Vallée. Ariella Masboungi a conçu et animé les « Ateliers Projet Urbain » qui traitent, sur le terrain, de thèmes relatifs aux villes de Bilbao, Gênes, Rome, etc, ayant fait l’objet de plusieurs publications sous sa direction. Sans oublier « l’Atelier d’Eté » de Cergy-Pontoise, qu’elle anime, et qui recrute des étudiants du monde entier, parmi lesquels chaque année  deux étudiants de l’ALBA. Un projet qui lui tient à cœur : « les étudiants de l’ALBA s’intègrent facilement aux étudiants de différentes nationalités et même arrivent à diriger tout un groupe durant l’organisation et l’analyse des sujets proposés ».

SSes idées phares

Penser la ville par le paysage, la lumière et l’art contemporain, telle est l’idée développée par Ariella Masboungi qui affirme que «  la lumière devient un élément de principe d’expression architectural dans l’urbain». Selon elle, la lumière représente le visage d’une ville, elle sécurise le lieu et lui donne un aspect attrayant. Cas d’école, le port de Saint-Nazaire qui a été subtilement réhabilité par la lumière. Masboungi va même jusqu'à penser que la lumière structure l’architecture et remplace le bâti par une enveloppe légère qui lui donne un attrait insoupçonnable la nuit. Pour Masboungi, les grandes réalisations des villes européennes sont réussies quand elles ont la capacité de relier les espaces et non de les fragmenter.

Sa préoccupation première n’est pas la ville en elle-même, mais l’espace public et les relations sociales qui  y existent. Exemple, le Musée de Bilbao : son réaménagement a amélioré la situation désespérante de cette ville sans reconnaissance internationale. D’autres villes connaîtront dans l’avenir des aménagements similaires : Barcelone, Birmingham...

«Il faut transformer l’espace au lieu de le changer. »
[ Joana Jurdi, Archi 4 et Jehanne Zeidan, Archi 4 ]

Michel Corajoud détaille son parcours et sa vision d’urbaniste
Ariella Masboungi commentant son travail d’urbaniste



ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2004
ALBA PAGE D'ACCUEIL
PLAN DU SITE