Juin 2004 / No.2
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LA SAGA DES MANGAS

C’est un phénomène qui a commencé par des dessins, presque des livres, sortes de magazines améliorés, dans lesquels on a inséré ce qu’on appelle la «Jap Animation»: une mise en espace réussie d’une base de dessin hyper solide. Une fois devenues des succès, ces histoires sont passées au petit écran sous forme de séries télé pour évoluer vers le film, le jeu vidéo et les produits dérivés. Et c’est ainsi qu’est né ce qui est devenu aujourd’hui un culte: les Mangas. Depuis, ils ont acquis leurs lettres de noblesse et ont su se faire une place de choix au sein de notre culture. Et ce n’est pas un hasard si un Manga (« Innocence «du japonais Oshii) a fait partie de la sélection officielle du dernier Festival de Cannes.
Les premiers pas des mangas
Les  mangas-animés existent depuis bien longtemps et nous ont bercé depuis notre plus tendre enfance. Vous vous souvenez sûrement de «Candie, Candie», «Saint Seiya: les Chevaliers du Zodiaque», «Belle et Sébastien»,  «Ranma ½», «Dragon Ball», «Goldorak» (ou pour nous Libanais «Grendayzer
»), pour ne citer que quelques-uns.
Comment cela a-t-il débuté? Et bien, avec un visionnaire du nom d’Osamu Tezuka , qui, après ses études en médecine, a voulu faire des dessins animés et des bandes dessinées pour les enfants japonais issus de la seconde guerre mondiale. Son point de vue était de faire du dessin animé pour les japonais, par des japonais. Mais les sujets qu’il adoptait dans ses œuvres étaient loin d’être typiquement japonais. Ils transcendaient les barrières des cultures, des pays et des langues, d’où l’immense popularité dont jouit la «Jap Animation» cette dernière décennie, ainsi qu’au début de ce nouveau siècle.

Les secrets du succès
Qu'est-ce qui fait que, tout adultes que nous sommes, les mangas nous attirent toujours? Est-ce la nostalgie de l'enfance, ou est-ce simplement une fantaisie? Sans doute les deux à la fois. On retrouve, pour les ados entre douze et dix-huit ans, deux types de mangas: les "Shonnen" pour les garçons, et les "Shoujo" pour les filles, apparus plus récemment. Exclusivement dessinés par des femmes, ils leur sont aussi uniquement destinés, comme par exemple la série "Candie" ou "Lady Oscar" qui se déroule en pleine Révolution Française et qui peint l’histoire d’Oscar de Geargeais, une femme élevée comme un homme par son père pour entrer dans l’armée du roi de France. Et, comme tout manga qui se respecte, la fin n’est pas "tout est bien qui finit bien"...

Un manga Shonnen : les Chevaliers du Zodiaque
Dans les mangas Shonnen ou Shoujo, on retrouve toujours certaines valeurs. Parmi les mangas Shonnen, est-il encore besoin de présenter "Saint Seiya: Les Chevaliers du Zodiaque"? La série mythique qui a bercé notre enfance et qui revient en force vingt ans plus tard avec l’adaptation de la dernière partie du manga: «Hadès». Toutes les cultures et toutes les religions se mélangent dans cette œuvre marquante. Toutes les philosophies se confrontent sous les ailes des étoiles du zodiaque qui protègent leurs chevaliers. Le terme « Saint », utilisé dans le titre original, veut souligner l’ancienne définition du terme "combattant au service du bien". Les protagonistes sont confrontés à des combats atroces depuis leur plus tendre jeunesse. Ils n’ont pas joui de l’innocence de l'enfance et ont dû vivre seuls, séparés, orphelins, et dans des climats difficiles. Ils s’entraînaient pour obtenir le contrôle de leur esprit sur la matière et pour gagner le droit d’endosser l’armure de la constellation qui les protègerait.
Dans cette série, chaque personnage a des caractéristiques, une symbolique. Les chevaliers sont cinq, unis comme les doigts de la main. Il doit y avoir immanquablement, parmi eux, le solitaire (Ikki) que l’on voit peu mais qui aime bien aider ses amis parce que l'amitié est plus forte que tout ; la tête pensante (Seiyar),  un personnage pas très intelligent mais que tout le monde suit parce qu'il fonce.

Il faut savoir que les mangas-animés chamboulent volontairement le système des archétypes. Les masques peuvent changer. Ainsi, ton ennemi peut devenir ton meilleur ami ou encore s’avérer être un membre de ta famille. Les situations aussi sont souvent bouleversées, et notre première impression peut être démentie au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire.

Les mangas, une initiation pour les plus jeunes
Le manga a aussi un rôle libérateur pour la jeune génération: Il aide les enfants à se construire à travers le jeu habile autour de la double personnalité, des supers-pouvoirs et dans le fait d'exorciser un tas de situations auxquelles les plus jeunes ne feraient pas face d'habitude. Les Pokémon, par exemple, sont des monstres à la fois très gentils et très méchants, et c'est ça justement que les enfants adorent : ce passage rapide du monstrueux au très doux… Dans Pokémon ou Dragonball, on retrouve un schéma qui est toujours le même: il y a le principe de tournoi, où tout commence pour le héros… Au départ, il est toujours faible, on se moque presque de lui. Puis, on assiste à toute une quête initiatique où il apprend d'un côté les valeurs, et de l’autre à devenir fort. Il va à la conquête de lui-même. Parce que, comme on dit au Japon, "on n’obtient rien sans se battre". Il y a toute une évolution, au bout de laquelle le héros prend, d'une certaine  manière, sa revanche sur les autres.

D'autre part, business et marketing obligent, il y a les cartes… Mais ces dernières, à part leur aspect commercial, sont aussi un facteur très important dans la construction et le développement du caractère … Il faut les collectionner, passer d'une carte à une autre, et tout ce rituel les place au-dessus du gain matériel.

Les mangas, un art à part entière
L'influence de l'esthétique manga dans la société est devenue aujourd'hui un fait irrévocable. A tous les niveaux, on retrouve une trace de cette culture anti-conventionnelle: dans la mode, avec John Galliano (pour Dior), dans la musique, avec Daft punk et leur clip d’inspiration manga, dans le cinéma avec Luc Besson et son «Cinquième élément», dans «Kill Bill» évidemment et dans «Matrix», lequel pourrait être, dans le fond, une réflexion autour du manga transposée à la sauce américaine…

S’inspirant de toutes les cultures du monde, les mangas et animés japonais ont apporté de la richesse et une nouvelle perception de l’art graphique ainsi qu’audio-visuel. Que l’on apprécie ou non les mangas, ce style est indéniablement courageux. Il bouleverse les esprits en leur faisant découvrir de nouvelles manières de penser qui peuvent paraître très lointaines ou très proches, c’est selon.

«comme on dit au Japon, on n’obtient rien sans se battre.»
[ Marie-Christine Melhem, Pub 3 - 2D/3D et Agnès Khorassandjian, Pub 1 ]

City Hunter, suite de “Angel Heart” par Tsukasa Hojo
Princesse Mononoké par Miyazaki Hayao
Ranma ½ par Takahashi Rumiko
Saint Seiya: les chevaliers du zodiaque par Kurumada Masami



ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2004
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