Juin 2004 / No.2
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LE CITY CENTER: CARREFOUR DU PASSE ET DE L’AVENIR AU COEUR DE BEYROUTH

«City Center»: complexe commercial situé sur le lot #987, secteur H, bloc 112 du Centre d’Affaires de Beyrouth. Face à la Place des Martyrs et à l’Avenue Fouad Chehab, l’emplacement de ce vaste projet architectural était - et demeure – stratégique. Retour sur ce que fut le «City Center» à l’origine et exposé de ce qu’il pourrait devenir dans le futur.
Acte I, début des années 70, la construction.

«City Center»: un titre ambitieux pour un projet commercial qui se voulait le plus important et le plus moderne du Proche-Orient. Caractérisé par son emplacement sur la façade Est du centre ville de Beyrouth, ce programme architectural imposant reflétait la dynamique urbaine d’alors. Mais son auteur, l’architecte et ingénieur Joseph Philippe Karam, avait l’ambition d’aller plus loin : concevoir un projet qui serait la vitrine de la capacité de l’architecture libanaise à intégrer une ère de développement mondial rapide.

Le projet de Karam se divisait en trois ailes: 22500m2 de parking répartis sur cinq sous-sols / trois étages reliés entre eux incluant 144 magasins, 1000m2 de supermarché, un cinéma de 900 places, un restaurant et un snack bar / trois immeubles de bureaux  respectivement de 8,12 et 21 étages sur une surface totale de 13500m2.

Normes de sécurité, normes anti-sismiques…tout dans le City Center avait été pensé avec une technicité très avancée jusque dans l’extrême rapidité des ascenseurs (3,5 mètres parcourus par seconde). Au sein de ce projet, le centre commercial devait devenir un passage obligé puisque des escalators, des escaliers et des ascenseurs reliaient les sous-sols au rez-de-chaussée. Comme l’affirmait Joseph Philippe Karam : «Par tous les côtés on arrive et par tous les côtés on sort, après être passé devant toutes sortes de magasins». Cette notion de fluidité de la circulation était primordiale dans la conception de ses espaces. Tout devait découler de l’activité urbaine environnante, et l’intérieur du City Center devait refléter l’extérieur.

Pourquoi cette forme arrondie pour la salle de cinéma? La loi de l’époque interdisait toute construction sur la terrasse supérieure d’un cinéma. De ce fait, Joseph Philippe Karam avait décidé de faire reposer l’espace occupé par le cinéma sur des piles. Karam voulait-il aussi lui donner un intérêt visuel? Peut-être, si l’on considère que la forme extérieure ovoïde du cinéma évoquait expressément son volume intérieur, conçu pour une projection. Par cette forme inhabituelle, la salle de cinéma est devenue l’image emblématique du City Center, surtout pour la jeune génération, qui a tendance à en donner toutes sortes d’interprétations: une coquille, une boule, un œuf…

Initialement, trois tours de bureaux devaient le surplomber. Malheureusement, le chantier, interrompu par la guerre, n’a pas pu être achevé. Seuls deux étages, le théâtre et l’une des tours ont été construit et le programme fut délaissé jusqu’aux années 90. On a même démoli la petite tour qui avait survécu aux bombardements afin de construire un nouvel édifice pour le Ministère des Finances, projet  annulé depuis.

Que reste-t-il aujourd’hui, trente ans après sa construction? Une étrange forme ovoïde qui a réussit à échapper tant aux évènements qu’aux bulldozers. Le projet de réhabilitation proposé récemment par le cabinet de l’architecte Bernard Khoury attend son acceptation pour que les travaux commencent…

Acte 2, nouveau siècle, nouveau millénaire, la réhabilitation.

«City Center» un même nom pour… une installation. Le nouveau projet sur le site du City Center a été conçu par l’architecte Bernard Khoury, que la compagnie Solidere a chargé de «réanimer» le bâtiment existant en y faisant des simples modifications. Il s’agit donc plutôt d’une réhabilitation de l’existant jusqu'à ce que les fonctions de ce site soient déterminées et qu’un nouveau projet voit le jour.

Cette intervention de Bernard Khoury comprendra diverses étapes :
- la démolition des parties déjà endommagées par la guerre, dont l’étage courant et la tour de bureaux.
- la restauration de la salle de cinéma au 2ème étage, qui s’effectuera dans la partie arrière (détruite) de la boule. Celle-ci sera enveloppée par un matériau industriel avec un écran de verre qui s’offre a la ville. Ce volume rond enveloppé d’échafaudages accentuera l’aspect intemporel et inachevé. Cet effet donnera une impression générale de confusion, les limites précises du volume se perdant dans la masse métallique.
- la relation entre le premier sous-sol qui était auparavant un espace commercial et le rez-de-chaussée sera établie par des canaux de lumière zénithale naturelle. Ce sera une façon d’établir une communication entre l’espace public et les sous-sols.
- l’étage courant deviendra une place publique recouverte d’un tapis d’époxy rouge.

En étudiant ce projet de réhabilitation du «City Center», on peut faire deux constatations. D’une part, la polyvalence des espaces offrira un potentiel pour des établissements culturels, des évènements et des expositions, plus particulièrement dans les pavillons de l’étage courant. Même la  salle de cinéma, de par ses modifications, pourra avoir des fonctions polyvalentes. Elle pourra par exemple être utilisée comme boîte de nuit ou bien à des fins commerciales. D’autre part, l’importance donnée à la légèreté des matériaux et à la technicité des éléments ajoutés, tels que l’éclairage et la ventilation des espaces.

On pourrait donc résumer l’intervention future de Bernard Khoury sur le «City Center» comme « un ajout minimal bien étudié ».

«Légèreté des matériaux et technicité des éléments ajoutés: la réhabilitation sera  un ajout minimal bien étudié.»
[ Jehanne Zeidan et Joana Jurdi, Architecture 4 ]

Le projet de réhabilitation du City Center par Bernard Khoury

Le projet initial du City Center par Joseph Philip Karam
QUI EST BERNARD KHOURY?
Né en 1968 à Beyrouth, Bernard Khoury obtient son diplôme d’architecte en 1990 (Rhode Island School Of Design), suivi d’une maîtrise à l’Université de Harvard en 1993, année où il débute sa carrière solo.
Il a déjà exposé ses travaux dans plusieurs institutions académiques renommées en Europe et aux Etats-Unis.
En 2001, lui est décerné le Prix Borromini par la municipalité de Rome.
Récemment, B. Khoury a mené divers de projets de réhabilitation, essentiellement à Berlin.
Devenu un architecte de réputation internationale, il est sollicité pour des projets dans le monde entier, mais aussi et surtout au Liban et dans les pays arabes. Difficile de le trouver dans son bureau ; toujours investi dans son travail il voyage souvent surtout entre Beyrouth et New York.



ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2004
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