Le soir
du 19 juin 2004, une atmosphère de folie régnait sur la terrasse
de l'hôtel Massabki, à Chtaura. Une centaine d'étudiants,
debouts sur leurs chaises, étaient en larmes. Des larmes de joie...
Eh oui! « 19 », les juges viennent d'attribuer leur note. "Les
troyens" de Berlioz, c'est fini et c'est dans la poche!
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Deux mois de travail, de stress
et de sacrifices… La pression… Le désir de bien faire… Eh bien, dans
le bus du retour, tard dans la nuit du 19 juin, tout cela n'avait plus aucune
importance. Un seul et unique sentiment occupait désormais les esprits
: celui de la satisfaction du devoir accompli. Les juges, choisis parmi les
grandes figures du monde des arts et de la culture, n’ont tari d'éloges,
l'un après l'autre. Mme May Menassa, Mme Myrna Boustany, M Jacques
Ligier-Belair, M. Ghassan Tuéni et bien d'autres, tous ont levé
leurs verres à la santé des élèves de deuxième
année de l’Ecole des Arts Décoratifs de l'ALBA. Ils étaient
unanimes : le spectacle en hommage à Madame Jacqueline Dardaud-Achkar
était une réussite. Dans le temple de Bacchus, à Baalbeck,
pas moins de mille spectateurs ont été éblouis par une
représentation d'une harmonie parfaite, par l’interprétation
magique d'un opéra classique, orchestrée par une quarantaine
d'élèves dévoués, mais surtout doués.
La beauté des masques, les tableaux, les formes, les couleurs, la magie
du site… Tout était parfait, presque féerique.
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>> Départ pour
le site
L’aventure avait commencé pour de bon quatre jours auparavant dans
le bus pour Baalbeck. Les profs, inquiets de nous voir très "relax"
et décontractés (il y avait ceux qui mangeaient, dormaient
ou se prenaient bêtement en photo), commençaient à
nous mettre dans le bain petit à petit. "Euuuh à propos, les
première année, ce n'est pas un séjour de détente
sponsorisé par l'ALBA… On a beaucoup de travail et très peu
de temps … Vous ne le réalisez pas encore, mais c'est un SPECTACLE
qu'on va devoir monter…", "Tu crois vraiment que tu vas porter CA en pleine
Békaa ? Va mettre une veste, ma fille, avant de te faire attaquer…",
"Pas d'indiscipline ni de paresse, notre réputation est en jeu !"
Bref, mille et une recommandations fusaient de nos amis éducateurs.
Ce devait être "un séjour sympa" pour certains et la clôture
d'une deuxième année ardue pour d'autres. Mais, mais, mais...
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>> A la découverte
des lieux
Nous avions ouï dire, de différentes sources, que l'hôtel
Palmyra, à Baalbeck, était un hôtel de grande renommée.
Toutes les personnalités importantes en visite au Liban y séjournaient,
et ce n'est pas faux ! Sauf que ces personnalités-là avaient
connu leur heure de gloire entre la fin du XIXème siècle et
le début du XXème… Les chambres, quand on pouvait y accéder
sans avoir dégringolé sur les marches de l'escalier "hanté"
étaient à lit double ou triple. Un décor très
rustique, à l'ancienne, et de l'eau chaude uniquement pour les chanceux…
Pour les autres, c'était soit de l'eau gelée, soit de l'eau
bouillante soit carrément pas d'eau du tout! Mais bon, notre hôtel
avait son charme. Et, finalement, nous n'y avons passé que très
peu de temps...
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Après le déjeuner
à l'hôtel, au travail! Petit briefing avec Joumana Youssevitch,
et direction le site et que la fête commence… C'était «répèt’,
répèt’ et…. répèt’». Sous le soleil brûlant
de Baalbeck, les guides touristiques du site et les habitants s'étaient
habitués à ce spectacle quotidien plutôt étrange:
à différentes heures de la journée, ils voyaient un
convoi d'individus, l'air bizarre, circuler entre l'hôtel et le site,
tubes de crème et lunettes de soleil en main, avec «quelque chose»
sur la tête… L'important était de se protéger des méfaits
du soleil. Malheur à celui qui n'avait rien sur les cheveux !
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Mais le soleil n'était
pas l’unique danger qui nous menaçait: Circuler sur les marches
d'un temple antique, rongé par le temps, n'était pas de tout
repos ! Que de fois nos profs, soucieux de nous garder en forme et vivants
jusqu'au spectacle (après, ce n'était plus aussi nécessaire…),
se sont levés de leurs chaises au bas des marches, affolés,
croyant que x avait frôlé la catastrophe. Puis M. Haddad s'essuyait
le front et le travail continuait... Nous avions aussi un autre ennemi, encore
plus dangereux : le vent. Deux minutes d'inattention, et il emportait les
masques, les couchait par terre violemment et les endommageait. Il fallait
alors recoller, couper, repeindre, re-souder… "Glue gun!", "Fil de fer !",
"Pince !", des expressions qui résonnaient plus que fréquemment.
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>> Ultimes répétitions…
Nous avions quand même un peu de temps, chaque jour, à l'heure
du déjeuner, pour nous reposer à l'hôtel, nous divertir
ou essayer de nous aventurer dans le souk des environs. Pour ceux qui espéraient
trouver là-bas quelque chose de bon à grignoter, ce fut le
choc: hormis les magasins de souvenirs qui prolifèrent, où on
essayait de nous vendre des choses inutiles à des prix exorbitants,
il n'y avait pas grand chose. Pour trouver un simple chocolat à se
mettre sous la dent, il fallait s'armer de bonne volonté et de chance!
Nous, citadins, nous étions considérés comme des touristes
dont il fallait profiter.
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>> … puis vint le
samedi 19 juin
4h du matin. Dernières répétitions. Les éclairages
sont en passe d'être installés. Tout le monde est crevé.
Les dernières recommandations sont données. Nous rentrons à
l'hôtel pour dormir, enfin. Dans quelques heures, le spectacle et
les évènements se succèdent, les heures et les minutes
s'écoulent… sans nous en rendre compte, il est déjà
17h : il faut s'habiller.
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Les premiers bus d'invités
arrivent. Nous quittons l'hôtel. Et puis… 20h30. C'est le chaos.
Tout le monde est stressé, tout le monde a le trac. Une chaîne
de télévision interviewe quelques élèves. Et
puis, c'est le silence total. Le signal retentit… L'hymne national, le discours
de Joumana Youssevitch, le coup d'envoi, la musique… Dans les coulisses,
personne ne parle. Chacun attend son tour, chacun se demande s'il va partir
au bon moment. Chacun a peur de faire une faute, de tomber. Mais les
scènes se succèdent les unes après les autres sans le
moindre incident. Dernier tableau, fin du spectacle. Tous les masques sont
sur scène. Les spectateurs applaudissent. Un sentiment indescriptible
envahit les cœurs des cinquante étudiants ; c'est le début d'une
fin…
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A voir les mines des étudiants
de deuxième année, leur regard absent et leur teint jaunâtre
au début du séjour, les deux mois de travail n'étaient
pas passés inaperçus! Très tôt, nous fûmes
pris de panique: "dans quelques mois, seulement, je serai, moi, à
leur place… impossible!" Ne serait-ce qu'à la simple vue des masques,
nous étions déjà stressés… Un travail surhumain
avait du être fait pour les réaliser et encore fallait-il mettre
tout cela en scène, et pas n'importe laquelle…
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Mais pour nous, étudiants
de première année, ce spectacle à Baalbeck fut une
expérience inoubliable. Nous n'aurions jamais imaginé que nous
allions vivre ces quatre jours aussi intensément, aussi investis dans
le spectacle. Chacun avait un rôle à jouer, une responsabilité.
Déjà impressionnés par la beauté des masques,
par leur originalité, et surtout par la quantité de travail
nécessaire pour leur mise en place, nous avons pu mesurer les efforts
à fournir à notre tour l'année prochaine. Il faut avouer
qu’aujourd'hui la barre est assez haute et il sera difficile de surpasser
nos aînés… Mais le défi est lancé! Et nous espérons
que, à leur tour, les première année feront preuve de
la même solidarité.
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Le plus beau souvenir de cette
expérience restera la fin du spectacle, quand, réunis sur les
marches du temple de Bacchus, nous faisions la révérence finale
sous un tonnerre d'applaudissements qui retentissaient entre les colonnes
du site grandiose qu'est Baalbeck tandis que les masques rendaient leur
dernier souffle de gloire avant de se figer dans l'éternité.
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site internet du projet Les
Troyens: http://www.alba.edu/c1/spectacles/troyens.html
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[Agnès Khorassandjian,
Pub 2]
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«Le spectacle
des Troyens de Berlioz était enchanteur et magique à tous les
points de vue (…) j’aurais tant aimé que tous les jeunes du Liban
puissent aussi avoir l’opportunité de voir ce que vos étudiants
ont fait (…) Le spectacle était à la dimension de Baalbeck,
digne des plus grands metteurs en scène, des plus grands créateurs,
c’était inoubiable!» Mirna Boustany
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«Ce samedi
19 juin, à la tombée de la nuit, j’étais à Baalbeck
face aux marches du temple de Bacchus. L’obscurité nous enveloppait
(…) Surgis de nulle part, aux accords puissants de la musique de Berlioz,
des créatures ont gravi les marches antiques, courant, dansant et
chantant (…) Ces créatures translucides, colorées, totémiques,
étincelantes nous ont émerveillés (…) On m’a dit – faut-il
le croire? – que des magiciens presque invisibles en étaient les
créateurs et les manipulateurs, et qu’on les appelait du nom étrange
d’Albatiens. Leurs ébats fascinants ont duré une heure de
bruit et de fureur, de couleurs éclatantes et d’émotion pour
tous ceux, privilégiés, qui se trouvaient là. Grand
merci à vous, albatiens, pour cette heure de bonheur.» Jacques
Liger-Belair
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«Cinquante
étudiants tout de noir vêtus ont fait vibrer l’opéra
de berlioz par des masques qu’ils ont créés et imaginés,
mus par une vision unique et qui ne connaît pas de limites (…) Des
costumes étranges et créatifs accompagnent des personnages et
un récit tout aussi étrange dans un mélange de matériaux
et de couleurs dont chaque pièce dénote un savoir-faire remarquable
(…) C’est comme si les étudiants de l’ALBA avaient prouvé au
dieu Bacchus leur capacité à créer une légende
des temps modernes (…) C’est le Liban tel qu’on le souhaite.» May Menassa,
extrait traduit du «An Nahar».
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