La bande
dessinée libanaise ne se cherche pas, elle existe bel et bien. Il
suffit de fréquenter l’ALBA pour y déceler une nouvelle génération
de bédéistes. Ces jeunes auteurs en sont-ils conscients? Mettez
de côté les albums des “maîtres” dont vous raffolez et
cessez de pensez que du fait de l’obscurantisme de notre société
libanaise, le 9ème art n’y évolue pas. Ce sont justement ces
circonstances qui stimulent l’élan qui règne actuellement dans
ce secteur. La jeune bande dessinée libanaise réussit à
imposer son identité à travers une diversité graphique
étonnante et une vraie virtuosité, loin des codes “hergéens”.
Sur les pas de leur aîné Mazen Kerbaj *, je vous invite à
faire la connaissance de Chadi Aoun, Jad Sarout et Maya Majdalani, tous étudiants
à l’ALBA.
Karen : étiez-vous habités par la
BD dès l’enfance ? qu’est-ce qui vous a influencés?
Maya : en fait, je ne lisais pas beaucoup
de BD étant enfant. Mais j’étais bercée par la
peinture par mon père et par la littérature par ma soeur. Le
mariage des deux m’a fait découvrir la BD et c’est devenu mon ambition.
Mes préférences allaient à Franquin et ses “idées
noires”, Rosinski / Van Hamme et leur “Pouvoir du Chininkel”, Otoro et son
“Akira”, Toriyama et son “Dragon Ball”.
Chadi : en classe, on était déjà
connus pour passer notre temps à dessiner. Une fois, j’ai même
été félicité pour mon dessin par la prof de maths
alors que la copie était nulle ! Je me souviens moi-aussi de “Dragon
Ball” qui est la première BD que j’ai recopiée.
Karen : Chadi et Jad, comment se passe votre
travail en duo ? Comment vous complétez-vous ?
Chadi : notre façon de travailler intrigue
souvent mais pour nous c’est naturel. On est très amis et nos temperaments
calmes et ouverts facilitent les choses. Cette harmonie, c’est une chance
pour nous.
Jad : je ne me vois pas travailler avec quelqu’un
sans relation amicale. Le dialogue s’établit naturellement entre nous.
Le fait également d’admirer le travail de l’autre aide énormément.
Enfin, nous nous complétons bien parce que nos orientations graphiques
sont diamétralement opposées.
Karen : le fait d’être publié
est-il une satisfaction ? Pas trop la grosse tête ?
Chadi : c’est trop classe d’entrer dans une
librairie et d’y trouver notre BD ! Mais je sens qu’elle ne nous appartient
plus : la prendre et la feuilleter a une part d’irréel, “c’est moi
qui ai dessiné ce truc ?”. On remarque nettement les défauts,
ce qui nous pousse à mettre la barre plus haut pour la prochaine fois.
Jad : çà ne nous est pas monté
à la tête, mais on se prendra peut-être pour des auteurs
dans trois ou quatre albums ! Mai ce qui est sûr, c’est que le fait
d’avoir publié “éveille l’appétit” pour en créer
d’autres.
Maya : cela ne change rien à la perception
que j’ai de moi-même. Cela me motive surtout à progresser dans
ce domaine.
Karen : votre appartenance à la société
libanaise n’est-elle pas un handicap pour faire de la BD dans une langue
étrangère ?
Maya : je crois que le problème de
la langue est un faux problème. Après tout, le Liban est un
pays francophone. Dans le pire des cas, on peut toujours passer par la traduction.
En fait, c’est peut-être l’avenir incertain de la BD dans notre pays
qui me motive le plus. Si tout était trace, on n’aurait peut-être
pas le même enthousiasme.
Jad et Chadi : la BD au Liban n’en est qu’à
ses balbutiements. Il n’y aurait même pas de BD libanaise sans la CD-Thèque
qui nous a offert le privilege d’inaugurer sa maison d’édition. Mais
nous avons peur qu’elle se cantonne à la BD d’auteur, ce qui serait
dommage car la BD grand public recèle aussi des trésors. D’une
façon générale, la bande dessinée a encore beaucoup
à explorer.
Karen : après ces premiers pas, vers
quel courant vous dirigerez-vous ? quelles sont vos aspirations pour l’avenir
?
Jad et Chadi : contrairement à la plupart
des professionnels, nous ne voulons pas nous cantonner dans une direction
précise au risque de ne jamais pousser un style jusqu’au bout. Surtout
ne pas s’ennuyer ! Le graphisme et le scénario fluctueront en fonction
de l’histoire et de nos envies du moment. Changer de style souvent permet
de garder une certaine fraîcheur.
Maya : j’aimerais continuer dans ce domaine, voyager et faire des rencontres,
aller voir ailleurs ce qui se passe… puis probablement revenir au Liban pour
continuer ce métier.
Karen : que pensez-vous du rôle de l’ALBA
dans la Bande Dessinée libanaise ?
Maya : si la formation de l’ALBA n’était
pas à la hauteur, nous n’en serions pas arrives là ! Et puis,
notre Académie nous offre la chance de rencontrer des auteurs confirmés
qui nous font part de leur expérience, ce qui est très enrichissant.
Chadi : il est indéniable que les seules
personnes qui font de la BD au Liban actuellement sont des diplômés
de l’ALBA ! Et la presence parmi les profs de Michèle Standjovski
est un plus. Je pense que des cours poussés de BD seraient un outil
précieux en pub, en illustration, en audiovisuel…
Jad : l’ALBA est l’école la plus à
même de former de vrais bédéistes, mais ce n’est pas
le rôle de l’Académie de susciter ce genre de vocation. Il faut
avoir la foi dès le depart.
Arrivée au terme de cette rencontre, ce qui me frappe le plus c’est
la “passion BD” qui anime nos bédéistes. Et si l’ALBA a contribué
à produire cet incroyable niveau, je vous incite à réveiller
l’énergie créatrice qui sommeille en vous. Pas de chefs-d’oeuvre
dans la paresse! Peu importe le moyen d’expression, l’essentiel est de s’exprimer!
Karen Klink,
* NDLR : Mazen Kerbaj est diplômé de l’ALBA, Promotion 1999.
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Maya Majdalani,
“L’autre et lui"
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Etant fan
moi-même de son album, “L’autre et lui”, qui était à
l’origine son projet de Licence, je peux dire sans exagération que
Maya Majdalani a réalisé un pur chef-d’oeuvre. En le lisant,
on se trouve emporté par la magie et l’élégance du trait,
par sa sensibilité graphique qui confère au timbre psychologique
du texte toute sa profondeur. Maya a savamment orchestré son récit
: l’ensemble témoigne d’une grande maîtrise de la narration,
sachant se montrer juste, émouvant et subtil à la fois.
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ci-dessus:
couverture de l'album
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ci-dessous:
Maya, planche de l'album et details
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Jad Sarout
et Chadi Aoun, “Duo"
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Si leur talent
est immense, leur identité bicéphale les préserve d’un
nombrilisme exacerbé. Découpée et dessinée avec
beaucoup d’humour, “Duo”, leur premier bébé, est un pur enchantement.
Cet album regroupe tous les ingrédients d’une aventure à la
Tom et Jerry. Par leur “patte” et leur ton particuliers, insensiblement les
pages accrochent l’oeil, le lecteur pioche une aventure après l’autre
et finit par refermer l’album en s’apercevant qu’il a tout lu ! A quoi cela
tient-il ? A beaucoup de fraîcheur sur le plan graphique et pas de
réflexions torturées. Mais j’arrête là ma description
pour ne pas leur donner la grosse tête…
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ci-dessus:
couverture de l'album
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ci-dessous:
Jad et Chadi, planche de l'album et details
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