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Mars 2005 / No.4
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Enquête - La rue Monot : une rue à la recherche d’une vocation ?

Revenir aux sources de cette ruelle dentelée, qui s’est développée vers les années 20, se résume aujourd’hui à un flash-back de souvenirs lointains qui reprennent vie timidement à travers quelques façades témoignant encore de la guerre. Les maisons détruites ont cédé la place à de nouveaux immeubles tandis que les anciennes habitations ont été réhabilitées pour se tourner vers la restauration et le divertissement. «Monot», c’est aujourd’hui une ambiance et un fonctionnement particuliers, fuyant les conventions.

Monot trouvera-t-elle une échappatoire vers un avenir qui enracinera ses activités actuelles pour faire d’elle une ruelle tout entière dédiée à la vie nocturne? De fait, cette zone est devenue un lieu de passage sans véritable ancrage urbain. Comment Monot trouvera-t-elle son équilibre pour offrir un mode de vie acceptable, de jour comme de nuit, pour le quotidien de ses habitants?

A l’origine, la rue Monot et ses voisines formaient une zone essentiellement résidentielle. Le concept de «ville de nuit» se concentrait  plutôt sur les bords de mer comme la rue de Phénicie dans le centre-ville, ou bien Jounieh et Kaslik, le paysage naturel du littoral   favorisant les loisirs et la vie nocturne dans les restaurants, hôtels et cabarets. Monot, elle, répond à d’autres facteurs qui font d’elle aujourd’hui le lieu de rassemblement nocturne de toutes les couches sociales de la population libanaise. Ainsi, les investisseurs attirés par la loi de l’offre et la demande, la concurrence des prix, les investissements bas et la dimension architecturale «homogène» offrent un cadre adéquat aux fonctions de loisirs. Tout cela a contribué à faire de Monot un monde à part dans la ville, un monde qui vit intensément la nuit

Le quartier Monot se caractérise par son emplacement « géo-magnétique » dans un périmètre défini par la stratification des nouveaux immeubles qui confèrent à la rue de Damas, au Ring, à la rue Bchara El Khoury et à l’Université St. Joseph le rôle de tampons urbains. Et voilà que cette ruelle se retrouve encerclée sans aucune extension possible, sinon vers des zones-buttoirs qui résistent à son développement «extra-muros».

De jour, le paysage du «Monot» d’après-guerre nous révèle des vides, des façades éventrées, des constructions neuves aux nombreux rez-de-chaussées fermés cachant un monde endormi qui attend le soir pour se réveiller. De jour, Monot n’est que silence, seuls quelques passants venus par inadvertance se faufilent entre les immeubles aux façades muettes. De nuit, émerge une nouvelle  activité  « paranoïaque » qui se dillue dans cet espace urbain où les frontières entre pubs, bars, restos et la rue elle-même se fondent sous les pas des passants pour ne former qu’une seule et même entité.

De par sa vocation de ruelle à l’occidentale, «mondialisée», la rue Monot a su se forger aujourd’hui une identité commune aux yeux de Mr. et Mme tout le monde. Mais, tôt ou tard, Monot sera obligée d’affronter sa mémoire qui est le passé commun de tous et qui doit être considéré et assumé.

Jehanne Zeidan, Archi 4 et Ioana Zachariou, Archi 3


rue monnot
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rue monnot beyrouth
rue monnot
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photos: Jehanne Zeidan


ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2005
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