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aux sources de cette ruelle dentelée, qui s’est développée
vers les années 20, se résume aujourd’hui à un flash-back
de souvenirs lointains qui reprennent vie timidement à travers quelques
façades témoignant encore de la guerre. Les maisons détruites
ont cédé la place à de nouveaux immeubles tandis que
les anciennes habitations ont été réhabilitées
pour se tourner vers la restauration et le divertissement. «Monot»,
c’est aujourd’hui une ambiance et un fonctionnement particuliers, fuyant
les conventions.
Monot trouvera-t-elle une échappatoire vers un avenir qui enracinera
ses activités actuelles pour faire d’elle une ruelle tout entière
dédiée à la vie nocturne? De fait, cette zone est devenue
un lieu de passage sans véritable ancrage urbain. Comment Monot trouvera-t-elle
son équilibre pour offrir un mode de vie acceptable, de jour comme
de nuit, pour le quotidien de ses habitants?
A l’origine, la rue Monot et ses voisines formaient une zone essentiellement
résidentielle. Le concept de «ville de nuit» se concentrait
plutôt sur les bords de mer comme la rue de Phénicie dans le
centre-ville, ou bien Jounieh et Kaslik, le paysage naturel du littoral
favorisant les loisirs et la vie nocturne dans les restaurants, hôtels
et cabarets. Monot, elle, répond à d’autres facteurs qui font
d’elle aujourd’hui le lieu de rassemblement nocturne de toutes les couches
sociales de la population libanaise. Ainsi, les investisseurs attirés
par la loi de l’offre et la demande, la concurrence des prix, les investissements
bas et la dimension architecturale «homogène» offrent
un cadre adéquat aux fonctions de loisirs. Tout cela a contribué
à faire de Monot un monde à part dans la ville, un monde qui
vit intensément la nuit
Le quartier Monot se caractérise par son emplacement « géo-magnétique
» dans un périmètre défini par la stratification
des nouveaux immeubles qui confèrent à la rue de Damas, au
Ring, à la rue Bchara El Khoury et à l’Université St.
Joseph le rôle de tampons urbains. Et voilà que cette ruelle
se retrouve encerclée sans aucune extension possible, sinon vers des
zones-buttoirs qui résistent à son développement «extra-muros».
De jour, le paysage du «Monot» d’après-guerre nous révèle
des vides, des façades éventrées, des constructions
neuves aux nombreux rez-de-chaussées fermés cachant un monde
endormi qui attend le soir pour se réveiller. De jour, Monot n’est
que silence, seuls quelques passants venus par inadvertance se faufilent
entre les immeubles aux façades muettes. De nuit, émerge une
nouvelle activité « paranoïaque » qui
se dillue dans cet espace urbain où les frontières entre pubs,
bars, restos et la rue elle-même se fondent sous les pas des passants
pour ne former qu’une seule et même entité.
De par sa vocation de ruelle à l’occidentale, «mondialisée»,
la rue Monot a su se forger aujourd’hui une identité commune aux
yeux de Mr. et Mme tout le monde. Mais, tôt ou tard, Monot sera obligée
d’affronter sa mémoire qui est le passé commun de tous et
qui doit être considéré et assumé.
Jehanne Zeidan, Archi 4 et Ioana Zachariou, Archi 3
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