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Mars 2005 / No.4
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Yvette Achkar , une femme qui existe pour et par son art

Peintre renommée et enseignante à l’ALBA, Yvette Achkar a « ouvert une fenêtre » à quantité d’étudiants sur la créativité. C’est l’engagement le plus essentiel que l’artiste  puisse donner à la société pour exister. Une rencontre inoubliable.

Issue d’une famille bourgeoise traditionnelle, Yvette Achkar a toutefois grandi dans un cadre aux idées libérales entre un père dynamique et généreux et une mère réservée, d’une grande noblesse d’âme. Marquée par cet héritage parental ainsi que par les mots de   Gibran Khalil Gibran dans « Le prophète » (« Vos enfants ne vous appartiennent pas »), Yvette Achkar était une enfant encore inconsciente de son œuvre future. Elle se souvient encore de la petite fille qu’elle était, pleine de malice et curieuse de tout. Passionnée par la danse et la musique, Yvette Achkar est entrée à 17 ans au conservatoire. Elle se décrit comme une adolescente à l’âme flottante au gré du vent : « Je croyais que dans ma vie tout m’était donné, tout en étant aussi assujettie aux problèmes typiques de l’adolescence ».

Une rencontre fortuite changera son destin. Le peintre italien Manetti, enseignant à l’ALBA, lui ouvrira les portes de « l’Ecole de Peinture » : « A cette époque-là, nous étions bohêmes avec nos professeurs… Nous dépassions les limites physiques de l’Académie, notre formation nous encourageait à aller au-delà des frontières albayotes et à confronter notre formation plastique avec la vie quotidienne. » Une formation qui a forgé son sens critique. « J’ai compris que l’expérience des arts plastiques n’est pas l’acquisition d’un simple savoir-faire technique mais la réalisation de soi ». Yvette Achkar, Nicolas Nammar, Farid Aouad, Jean Khalife, Basbous, Chafic Abboud, Saïd Akl et bien autres feront partie de la première promotion en arts plastiques de l’ALBA.

La famille de l’ALBA

Depuis, Yvette Achkar est devenue membre du corps enseignant de l’Académie : « L’ALBA, c’est ma famille », dit-elle. Que pense-t-elle de son rapport avec les étudiants ? « Chacun de mes étudiants est particulier ; j’attends d’eux une vraie personnalité, de la créativité et la spiritualité, ce qui devient rare aujourd’hui voire inexistant dans la vie que nous menons ».

Yvette Achkar exposera pour la première fois à la Galerie de la Licorne (Hamra). En observant ses tableaux figuratifs, un artiste allemand lui dira : « J’imagine déjà la voie que vous allez prendre ». Depuis, elle n’expose que tous les quatre ou cinq ans.  « Jamais je n’expose mes œuvres sur commande ; l’exposition n’est pas liée à une échéance précise mais à une certitude que le moment est venu ». Avant d’atteindre cet instant, Yvette Achkar passe des heures dans son appartement douillet où une porte au fond d’un couloir nous conduit vers son atelier : le départ d’un long voyage s’y prépare, avec un nouveau tableau intitulé « Tsunami », inspiré de l’événement fatal qui s’est produit en cette fin d’année. Quel bonheur ce fut pour moi de découvrir ce tableau en pleine réalisation ! Quelle émotion inoubliable lorsque je me suis trouvée face à cette artiste à la recherche d’un geste, d’un tracé évoquant cet enchaînement de tant de violence et d’émotion par ses formes et ses couleurs. « On n’est pas seul à peindre, la couleur et la forme n’obéissent pas au doigt et à l’œil, c’est un dialogue palpable et réciproque », explique-t-elle.

L’abstraction, un travail de longue haleine…

Après sa dernière exposition dans la galerie Janine Rbeiz, Mme Achkar résume sa démarche : « Derrière l’abstraction, il y a la construction d’une idée et l’aboutissement d’un travail de longue haleine. L’Expression d’une idée, c’est toute une architecture harmonieuse de la forme et de la couleur. La peinture me prend tout. Comme dans la musique, la toile est la surface indéfinie sur laquelle je découvre les réponses à mes questions afin de faire surgir un rythme de couleurs et de formes, une ligne de force qui semble aléatoire au premier abord mais qui en réalité guide la lecture du tableau. Une osmose naît entre la forme et le vide, un vide qui est silencieux mais pas négatif ». .

Aujourd’hui Yvette Achkar est l’une des artistes les plus importantes au Liban. Par ses expositions, elle a réussi à communiquer son art dans le monde entier :  Yougoslavie, Brésil, Egypte, France, Allemagne... Elle affirme pourtant ne porter aucun intérêt au  voyage : « Je déteste voyager, j’aime vivre sur place. Quand je suis dans ma chambre, je voyage tout autant entre mes murs blancs. » Puis elle retrouvera son atelier, prendra un papier et cherchera à reproduire de mémoire les choses qu’elle a vues, dans son univers où la création et l’imaginaire sont maîtres.Ainsi, le tableau à la surface plane se transformera, «  un objet vécu et non neutre que nous découvrons chaque jour à force de nous découvrir nous-mêmes ».

Jehanne Zeidan, Archi 5


yvette achkar autoportrait
Autoportrait de Yvette Achkar


ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2005
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