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Mars 2005 / No.4
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Evénement : Les ateliers internationaux de Cergy-Pontoise ou le dialogue des cultures urbaines

Chaque année pendant quatre semaines, l’Université de Cergy-Pontoise organise des ateliers internationaux de maîtrise d’oeuvre urbaine, l’un en Ile-de-France et l’autre dans une ville du monde. Ils rassemblent une quarantaine de participants de diverses disciplines (architectes, ingénieurs, paysagistes,  économistes…) censés répondre par équipes à une commande publique sur un site précis dans un contexte sociopolitique chaque fois différent. Sans doute l’expérience la plus riche qu’un urbaniste puisse vivre en si peu de temps. Invitation au voyage…

Les Ateliers en Urbanisme de l’Université de Cergy Pontoise sont une véritable aventure humaine dans laquelle nous sommes parachutés avec quarante autres jeunes professionnels qui forment un creuset culturel. Entre les participants issus de tous les continents, la barrière est moins linguistique que culturelle : il va falloir déceler ce que l’autre sous-entend, découvrir la diversité de nos modes de vie, trouver un équilibre dans les relations… pour le plaisir de la découverte, mais aussi pour pouvoir travailler ensemble !

Il nous faudra aussi partager le quotidien, accepter la promiscuité, dompter la différence, aplanir les litiges. Le tout pour s’enivrer de travail, mais aussi pour s’éclater afin d’évacuer le stress en goûtant les spécialités de chacun, en apprenant l’art de nouer un sari, en soignant les coups de blues comme les gros rhumes. Bref, cette cohabitation à quarante - chacun avec sa personnalité, ses coups de gueule et son enthousiasme - tisse entre nous des liens indéfectibles. C’est une véritable école de tolérance et de diplomatie !

Pendant un mois, notre vie s’organise dans une ville inconnue qui nous livre peu à peu ses secrets et dont les habitants se dévoilent… Mais ici pas de tourisme ; notre voyage d’étude s’apparente à une immersion dans ce que la ville a de plus commun. Le dépaysement s’estompe et au fil des jours, nous prenons dans ces villes étrangères nos habitudes et nos repères : les crêpes dégustées sur la dalle à Cergy-Pontoise, les cours de Tai Shi sur le Bund de Shanghai, les pirojki au petit-déj, les parties de badminton dans le gymnase désert perché dans les montagnes de Doi Tung, les ballades sur le Mékong …

La conception du projet urbain

Enfin et surtout, nous sommes immergés dans la réalité d’une situation professionnelle et de son urgence… Nous avons trois courtes semaines pour enfanter un projet. On nous a communiqué les informations nécessaires pour comprendre les problématiques urbaines du site et de ses alentours, les interactions avec le reste de la ville, les contraintes règlementaires, le contexte socio-économique, les ambitions politiques locales, la mise en perspective future, etc. Avec ces différents facteurs à l’esprit, chaque équipe cogite, s’imprègne de la dynamique des lieux, évalue la complexité de la situation, définit un concept à force d’argumentations,  d’impasses, de pistes nouvelles et de compromis. Au sein de chaque équipe, on se partage les tâches, tirant profit des talents de chacun.

Après trois semaines intenses, fatigués mais convaincus, nous voilà face au jury final. Nous avons rempli le contrat : répondre à un appel d’offre en urbanisme prenant en compte les contraintes existantes mais pas forcément les objectifs affichés. Chaque équipe défend sa vision, puis le jury délibère. Mais en fait le résultat importe peu : chacun d’entre nous a gagné ici une expérience professionnelle unique.

Les Ateliers sont terminés… une certaine tristesse nous envahit car rarement le quotidien a été si intense et les liens si forts. Cette formidable parenthèse de vie laisse d’ailleurs souvent des traces : certains changent de carrière, d’autres décident d’apprendre la langue du pays, d’autres lancent des projets professionnels communs. Mais surtout, dès que possible, nous organisons des retrouvailles…

Jehanne Phares Hakimé, diplômée de l'IUA (Promotion 2000)

Phnom-Penh, Cambodge


Des deux sessions des Ateliers auxquelles j’ai participé, c’est celle de 2003 à Phnom-Penh (Cambodge) qui m’a le plus marqué. Ce pays du Sud-Est asiatique, parmi les plus pauvres de la planète, commence à reprendre vie après de longues années de génocide et de misère. Jadis « perle de l’Asie », Phnom-Penh est une ville merveilleuse au croisement du Mékong et du Tonlésap. Les habitants pauvres y vivent dans des conditions si difficiles qu’on ne peut les décrire. Pauvres oui, mais avec un éternel sourire au visage, adultes comme enfants. Comme un signe pour nous dire que nous étions là pour redessiner leur ville de demain avec l’espoir d’un avenir meilleur. Une tâche qui n’était pas facile dans le contexte régional. 

Cet atelier fut une occasion unique d’apprendre à travailler en groupe et surtout de découvrir que nos préoccupations essentielles restaient les mêmes - tant sur le plan personnel que professionnel - aussi lointains que soient nos pays d’origine. Il constituait une approche expérimentale dans un contexte professionnel réel, loin de nos Académies, où nous devions faire face à des acteurs politiques et administratifs, toutes les astuces étant permises pour faire aboutir un projet constructif . Ces ateliers sont des espaces de rencontres professionnelle mais ce sont surtout de formidables espaces d’interactions sociales.
 
Edgar Mourad, IUA, promotion 2000

Irkoutsk, Sibérie

C'est en Sibérie que s'est déroulée la quatrième session des ateliers de Cergy-Pontoise en partenariat avec la ville d'Irkoutsk et l'Université Technique d'Etat d'Irkoutsk en janvier/ février 2003, autour du thème "L'université dans la ville".

Des questions spécifiques se sont posées pour un exercice d'urbanisme à Irkoutsk,  ville de 650 000 habitants, avec la caractéristique d'être la capitale administrative, culturelle et industrielle de la Sibérie Orientale, dans une zone d'urbanisation qui s'étend sur 200km le long du Transsibérien. Une ville également à fort potentiel touristique puisqu'elle dispose d'un riche patrimoine d'architecture de bois, qu’elle est proche du lac Baikal. Irkoutsk, c’est enfin le foyer d’industries de pointe, marqué cette année-là par le chantier de construction d'un pont sur la rivière Angara qui traverse la ville. Ceci confère le spectacle d'une ville en transition, portant un lourd héritage soviétique et scindée en quatre parties du fait de décisions étatiques : la vieille ville, la cité des sciences, la cité universitaire et la cité des étudiants.

Notre travail a consisté à développer un plan urbain s'articulant autour des réflexions suivantes : comment réaliser une nouvelle dynamique de développement entre ces quartiers séparés par la rivière Angara ? Comment moderniser la qualité de vie relative à l'habitat ? Comment définir et mettre en valeur l'identité de ce site en tenant compte de l’échelle de la région ? Ces trois semaines de travail intense furent couronnées par un week-end dans une datcha sur le lac Baikal glacé, où les veillées se déroulèrent au goût de la vodka épicée et au rythme de discussions nostalgiques.

Badra Alawa, étudiante à l’IUA

Shanghaï, Chine

Après des mois de préparation, de longues heures d’avion, dès l’arrivée à l’aéroport, le thème de cet atelier (les métropoles du futur) à l’occasion de l’exposition universelle de 2101 se clarifie : mobilité, densité… Au Musée de l’Urbanisme, la cérémonie d’inauguration de notre session plante le décor : volonté planificatrice d’une ville modèle ou présentation d’une fulgurante ascension urbaine ? Quoi qu’il en soit, l’enjeu de cette future exposition et de notre travail est un défi à la mesure de la ville. A nous de le relever !

Au fur et à mesure, Shanghaï s’est révélée. Ambitieuse avec ses hautes tours. Multiple, par ses cultures créant sa propre urbanité où se mêlent salons de thé traditionnels et grandes surfaces européennes. Destructurée, dans sa mutation effrénée. Attachante, avec les ruelles de la ville chinoise qui sont autant de lieux de rencontres, de travail et de partage où les sourires des habitants témoignent d’un mode de vie en voie de disparition. alors que les bulldozers happent ces îlots de patrimoine et d’identité. Familière, grâce à son mode de vie à l’européenne. Animée, par les klaxons, la musique, les cris des animaux, les sirènes des bateaux le long du Huangpu, les chants des haut-parleurs. Unique enfin, par son rythme qui nous a fasciné. Une fois apprivoisée, « Tongji Da Xue » faisait presque figure de chez-soi, dans des proportions chinoises… Etonnamment, elle ne semblait plus si grande après avoir organisé quelques retrouvailles impromptues dans ses restaurants.

Traiter de l’exposition universelle nous a semblé un sujet sur mesures puisque à nous tous, nous symbolisions déjà l’universalité de ce début de millénaire ! Cette émulation nous conduit d’ailleurs à réviser le concept même de l’expo, bouleversé par les nouvelles technologies de communication, la mobilité, les échanges culturels et les dangers qui guettent notre environnement. Bref, toutes ces mutations que traduit si bien la ville de Shanghaï. Une exposition universelle, c’est la vitrine de la ville et du pays qui l’accueillent mais c’est aussi un levier de développement. Enfin, loin d’être une simple compétition d’image, c’est une expérience interactive où le visiteur devient le participant d’une expérience qui ne le laisse pas indifférent!

Ce fut pour nous un étrange sentiment quand nous avons découvert finalement que même si chaque équipe avait traduit ces idées différemment, une même sensibilité se dégageait de nos projets. Au retour, il ne nous restait ni fatigue ni tensions mais un souvenir intense, un réseau de relations, une envie de recommencer… Et si on se retrouvait à Shanghaï en 2010 ?

Jehanne Phares Hakimé, diplômée de l'IUA (Promotion 2000)

Cergy-Pontoise, France


Cergy. Je ne savais pas grand-chose de cette ville proche de Paris. Peu importe. L’affiche des Ateliers d’Eté, accrochée à l’Institut d’Urbanisme de l’ALBA, annonçait l’ambition du projet : intervenir sur l’espace européen dans le cadre d’une formation à la maîtrise d’oeuvre urbaine. Je relevai le défi…

Au cours de ce séjour, les échanges furent constructifs, intenses, passionnels à la mesure de ce que la passion pour la ville peut déclencher. Et la culture urbaine beyrouthine, à tort malmenée, de se révéler hors-les-murs comme un concentré d’une urbanité latente ayant la faculté de s’adapter, la force d’argumenter dans un milieu urbain autre. Entre les étudiants s’établirent plus que des affinités. Les journées de travail furent laborieuses, les journées de repos ludiques, les soirées conviviales. Enseignants, élus et autres représentants de l’Etat assistèrent à la présentation finale de nos projets, largement médiatisée par la ville de Cergy. Une porte s’ouvrit sur de futurs forums, stages, et autres expériences professionnelles, mais aussi vers des amitiés solides par-delà des frontières.

Durant cet inoubliable été 96 à Cergy-Pontoise, j’ai eu l’opportunité de côtoyer un morceau de l’histoire urbaine contemporaine, d’observer l’une des six villes nouvelles emblématiques des politiques européennes de décentralisation, mais surtout l’une des rares villes ayant su tirer profit de son urbanisme largement controversé en relevant le defi d’ouvrir a tous le débat sur la ville.

Bachir Moujaès, diplômé IUA, promotion 1997


ateliers internationaux cergy pontoise
Une reunion a Cergy Pontoise
temple d'ankor thom
Le temple d'Angkor Thom (Cambodge)
mekong cambodge
Village sur pilotis sur le Mekong (Cambodge)
Irkoutsk, centre
Irkoutsk, centre ville (Siberie)
Irkoutsk, centre ville
Irkoutsk, centre ville (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, maisons de bois (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, maisons de bois (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, immeubles (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, le tramway (Siberie)
irjoutsk, datchas
Irkoutsk, des datchas (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, nouveaux quartiers (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, chemin de fer (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, pres de l'universite (Siberie)
irkoutsk
Irkoutsk, pres de l'universite (Siberie)
lac baikal
Le Lac Baikal (Siberie)
lac baikal
Marche sur l'eau gelee du Lac Baikal (Siberie)
Cergy Pontoise, vue generale
Vue de Cergy Pontoise


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