Chaque
année pendant quatre semaines, l’Université de Cergy-Pontoise
organise des ateliers internationaux de maîtrise d’oeuvre urbaine,
l’un en Ile-de-France et l’autre dans une ville du monde. Ils rassemblent
une quarantaine de participants de diverses disciplines (architectes, ingénieurs,
paysagistes, économistes…) censés répondre par
équipes à une commande publique sur un site précis dans
un contexte sociopolitique chaque fois différent. Sans doute l’expérience
la plus riche qu’un urbaniste puisse vivre en si peu de temps. Invitation
au voyage…
Les Ateliers en Urbanisme de l’Université de Cergy Pontoise sont
une véritable aventure humaine dans laquelle nous sommes parachutés
avec quarante autres jeunes professionnels qui forment un creuset culturel.
Entre les participants issus de tous les continents, la barrière est
moins linguistique que culturelle : il va falloir déceler ce que
l’autre sous-entend, découvrir la diversité de nos modes de
vie, trouver un équilibre dans les relations… pour le plaisir de
la découverte, mais aussi pour pouvoir travailler ensemble !
Il nous faudra aussi partager le quotidien, accepter la promiscuité,
dompter la différence, aplanir les litiges. Le tout pour s’enivrer
de travail, mais aussi pour s’éclater afin d’évacuer le stress
en goûtant les spécialités de chacun, en apprenant l’art
de nouer un sari, en soignant les coups de blues comme les gros rhumes. Bref,
cette cohabitation à quarante - chacun avec sa personnalité,
ses coups de gueule et son enthousiasme - tisse entre nous des liens indéfectibles.
C’est une véritable école de tolérance et de diplomatie
!
Pendant un mois, notre vie s’organise dans une ville inconnue qui nous
livre peu à peu ses secrets et dont les habitants se dévoilent…
Mais ici pas de tourisme ; notre voyage d’étude s’apparente à
une immersion dans ce que la ville a de plus commun. Le dépaysement
s’estompe et au fil des jours, nous prenons dans ces villes étrangères
nos habitudes et nos repères : les crêpes dégustées
sur la dalle à Cergy-Pontoise, les cours de Tai Shi sur le Bund de
Shanghai, les pirojki au petit-déj, les parties de badminton dans
le gymnase désert perché dans les montagnes de Doi Tung, les
ballades sur le Mékong …
La conception du projet urbain
Enfin et surtout, nous sommes immergés dans la réalité
d’une situation professionnelle et de son urgence… Nous avons trois courtes
semaines pour enfanter un projet. On nous a communiqué les informations
nécessaires pour comprendre les problématiques urbaines du
site et de ses alentours, les interactions avec le reste de la ville, les
contraintes règlementaires, le contexte socio-économique, les
ambitions politiques locales, la mise en perspective future, etc. Avec ces
différents facteurs à l’esprit, chaque équipe cogite,
s’imprègne de la dynamique des lieux, évalue la complexité
de la situation, définit un concept à force d’argumentations,
d’impasses, de pistes nouvelles et de compromis. Au sein de chaque équipe,
on se partage les tâches, tirant profit des talents de chacun.
Après trois semaines intenses, fatigués mais convaincus,
nous voilà face au jury final. Nous avons rempli le contrat : répondre
à un appel d’offre en urbanisme prenant en compte les contraintes
existantes mais pas forcément les objectifs affichés. Chaque
équipe défend sa vision, puis le jury délibère.
Mais en fait le résultat importe peu : chacun d’entre nous a gagné
ici une expérience professionnelle unique.
Les Ateliers sont terminés… une certaine tristesse nous envahit
car rarement le quotidien a été si intense et les liens si
forts. Cette formidable parenthèse de vie laisse d’ailleurs souvent
des traces : certains changent de carrière, d’autres décident
d’apprendre la langue du pays, d’autres lancent des projets professionnels
communs. Mais surtout, dès que possible, nous organisons des retrouvailles…
Jehanne Phares Hakimé, diplômée de l'IUA (Promotion
2000)
Phnom-Penh, Cambodge
Des deux sessions des Ateliers auxquelles j’ai participé, c’est
celle de 2003 à Phnom-Penh (Cambodge) qui m’a le plus marqué.
Ce pays du Sud-Est asiatique, parmi les plus pauvres de la planète,
commence à reprendre vie après de longues années de
génocide et de misère. Jadis « perle de l’Asie »,
Phnom-Penh est une ville merveilleuse au croisement du Mékong et du
Tonlésap. Les habitants pauvres y vivent dans des conditions si difficiles
qu’on ne peut les décrire. Pauvres oui, mais avec un éternel
sourire au visage, adultes comme enfants. Comme un signe pour nous dire que
nous étions là pour redessiner leur ville de demain avec l’espoir
d’un avenir meilleur. Une tâche qui n’était pas facile dans
le contexte régional.
Cet atelier fut une occasion unique d’apprendre à travailler en
groupe et surtout de découvrir que nos préoccupations essentielles
restaient les mêmes - tant sur le plan personnel que professionnel
- aussi lointains que soient nos pays d’origine. Il constituait une approche
expérimentale dans un contexte professionnel réel, loin de
nos Académies, où nous devions faire face à des acteurs
politiques et administratifs, toutes les astuces étant permises pour
faire aboutir un projet constructif . Ces ateliers sont des espaces de rencontres
professionnelle mais ce sont surtout de formidables espaces d’interactions
sociales.
Edgar Mourad, IUA, promotion 2000
Irkoutsk, Sibérie
C'est en Sibérie que s'est déroulée la quatrième
session des ateliers de Cergy-Pontoise en partenariat avec la ville d'Irkoutsk
et l'Université Technique d'Etat d'Irkoutsk en janvier/ février
2003, autour du thème "L'université dans la ville".
Des questions spécifiques se sont posées pour un exercice
d'urbanisme à Irkoutsk, ville de 650 000 habitants, avec la
caractéristique d'être la capitale administrative, culturelle
et industrielle de la Sibérie Orientale, dans une zone d'urbanisation
qui s'étend sur 200km le long du Transsibérien. Une ville également
à fort potentiel touristique puisqu'elle dispose d'un riche patrimoine
d'architecture de bois, qu’elle est proche du lac Baikal. Irkoutsk, c’est
enfin le foyer d’industries de pointe, marqué cette année-là
par le chantier de construction d'un pont sur la rivière Angara qui
traverse la ville. Ceci confère le spectacle d'une ville en transition,
portant un lourd héritage soviétique et scindée en quatre
parties du fait de décisions étatiques : la vieille ville,
la cité des sciences, la cité universitaire et la cité
des étudiants.
Notre travail a consisté à développer un plan urbain
s'articulant autour des réflexions suivantes : comment réaliser
une nouvelle dynamique de développement entre ces quartiers séparés
par la rivière Angara ? Comment moderniser la qualité de vie
relative à l'habitat ? Comment définir et mettre en valeur
l'identité de ce site en tenant compte de l’échelle de la région
? Ces trois semaines de travail intense furent couronnées par un week-end
dans une datcha sur le lac Baikal glacé, où les veillées
se déroulèrent au goût de la vodka épicée
et au rythme de discussions nostalgiques.
Badra Alawa, étudiante à l’IUA
Shanghaï, Chine
Après des mois de préparation, de longues heures d’avion,
dès l’arrivée à l’aéroport, le thème
de cet atelier (les métropoles du futur) à l’occasion de l’exposition
universelle de 2101 se clarifie : mobilité, densité… Au Musée
de l’Urbanisme, la cérémonie d’inauguration de notre session
plante le décor : volonté planificatrice d’une ville modèle
ou présentation d’une fulgurante ascension urbaine ? Quoi qu’il en
soit, l’enjeu de cette future exposition et de notre travail est un défi
à la mesure de la ville. A nous de le relever !
Au fur et à mesure, Shanghaï s’est révélée.
Ambitieuse avec ses hautes tours. Multiple, par ses cultures créant
sa propre urbanité où se mêlent salons de thé
traditionnels et grandes surfaces européennes. Destructurée,
dans sa mutation effrénée. Attachante, avec les ruelles de la
ville chinoise qui sont autant de lieux de rencontres, de travail et de partage
où les sourires des habitants témoignent d’un mode de vie en
voie de disparition. alors que les bulldozers happent ces îlots de
patrimoine et d’identité. Familière, grâce à son
mode de vie à l’européenne. Animée, par les klaxons,
la musique, les cris des animaux, les sirènes des bateaux le long du
Huangpu, les chants des haut-parleurs. Unique enfin, par son rythme qui nous
a fasciné. Une fois apprivoisée, « Tongji Da Xue »
faisait presque figure de chez-soi, dans des proportions chinoises… Etonnamment,
elle ne semblait plus si grande après avoir organisé quelques
retrouvailles impromptues dans ses restaurants.
Traiter de l’exposition universelle nous a semblé un sujet sur
mesures puisque à nous tous, nous symbolisions déjà
l’universalité de ce début de millénaire ! Cette émulation
nous conduit d’ailleurs à réviser le concept même de
l’expo, bouleversé par les nouvelles technologies de communication,
la mobilité, les échanges culturels et les dangers qui guettent
notre environnement. Bref, toutes ces mutations que traduit si bien la ville
de Shanghaï. Une exposition universelle, c’est la vitrine de la ville
et du pays qui l’accueillent mais c’est aussi un levier de développement.
Enfin, loin d’être une simple compétition d’image, c’est une
expérience interactive où le visiteur devient le participant
d’une expérience qui ne le laisse pas indifférent!
Ce fut pour nous un étrange sentiment quand nous avons découvert
finalement que même si chaque équipe avait traduit ces idées
différemment, une même sensibilité se dégageait
de nos projets. Au retour, il ne nous restait ni fatigue ni tensions mais
un souvenir intense, un réseau de relations, une envie de recommencer…
Et si on se retrouvait à Shanghaï en 2010 ?
Jehanne Phares Hakimé, diplômée de l'IUA (Promotion
2000)
Cergy-Pontoise, France
Cergy. Je ne savais pas grand-chose de cette ville proche de Paris. Peu
importe. L’affiche des Ateliers d’Eté, accrochée à
l’Institut d’Urbanisme de l’ALBA, annonçait l’ambition du projet
: intervenir sur l’espace européen dans le cadre d’une formation
à la maîtrise d’oeuvre urbaine. Je relevai le défi…
Au cours de ce séjour, les échanges furent constructifs,
intenses, passionnels à la mesure de ce que la passion pour la ville
peut déclencher. Et la culture urbaine beyrouthine, à tort
malmenée, de se révéler hors-les-murs comme un concentré
d’une urbanité latente ayant la faculté de s’adapter, la force
d’argumenter dans un milieu urbain autre. Entre les étudiants s’établirent
plus que des affinités. Les journées de travail furent laborieuses,
les journées de repos ludiques, les soirées conviviales. Enseignants,
élus et autres représentants de l’Etat assistèrent à
la présentation finale de nos projets, largement médiatisée
par la ville de Cergy. Une porte s’ouvrit sur de futurs forums, stages, et
autres expériences professionnelles, mais aussi vers des amitiés
solides par-delà des frontières.
Durant cet inoubliable été 96 à Cergy-Pontoise, j’ai
eu l’opportunité de côtoyer un morceau de l’histoire urbaine
contemporaine, d’observer l’une des six villes nouvelles emblématiques
des politiques européennes de décentralisation, mais surtout
l’une des rares villes ayant su tirer profit de son urbanisme largement controversé
en relevant le defi d’ouvrir a tous le débat sur la ville.
Bachir Moujaès, diplômé IUA, promotion 1997
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Une reunion
a Cergy Pontoise
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Le temple d'Angkor Thom (Cambodge)
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Village sur
pilotis sur le Mekong (Cambodge)
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| Irkoutsk, centre
ville (Siberie) |
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Irkoutsk, centre
ville (Siberie)
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Irkoutsk, maisons
de bois (Siberie)
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Irkoutsk, maisons
de bois (Siberie)
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Irkoutsk, immeubles
(Siberie)
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Irkoutsk, le
tramway (Siberie)
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Irkoutsk, des
datchas (Siberie)
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Irkoutsk, nouveaux
quartiers (Siberie)
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Irkoutsk, chemin
de fer (Siberie)
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Irkoutsk, pres
de l'universite (Siberie)
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Irkoutsk, pres
de l'universite (Siberie)
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Le Lac Baikal
(Siberie)
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Marche sur
l'eau gelee du Lac Baikal (Siberie)
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Vue de Cergy
Pontoise
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