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Juin 2005 / No.5
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De bouche à oreille : Anciens en Urbanisme : que sont-ils devenus ?
« Etre créateur d’identité urbaine », tel était le projet de ces trois diplômés de l’I.U.A. qui ont réussi à tracer leur voie respective. Nous avons mené l’enquête en ciblant un échantillon d’anciens étudiants de l’IUA. : Jehanne Pharès, Sylvia Yammine, Serge Yazigi, chacun à sa manière essaie de travailler à la planification urbaine et territoriale au sein de services étatiques, de bureaux privés ou encore de directions internationales. Leurs parcours différents divergent pour mieux converger vers une même stratégie de développement urbain.

Cette palette assez représentative établit une grande diversité de trajectoires professionnelles. Le Liban baigne dans une anarchie ravageuse, accompagnée d’un surplus de diplômés sans débouchés : les offres d’emploi prolifèrent et s’entrecoupent pour un même champ professionnel. Effectuer une formation ne veut en aucun cas dire pouvoir l’exploiter. Certains témoignent de leur lassitude devant les difficultés pour pénétrer le monde du travail. Accéder à des postes au sein de l’administration ne se révèle pas chose facile, d’autant plus que le champ d’action demeure restreint et souffre du manque de sensibilisation des partenaires pour une mise en œuvre opérationnelle sur le terrain.

La situation du Liban se caractérise par une densification accrue des formes urbaines débouchant à l'émergence de conflits sur le « droit de vivre en ville ». Les organismes concernés doivent désormais mieux gérer l’inventivité de ces potentiels émergents, de ces nouveaux éléments dynamiques qui écrivent quelques lignes dans l’histoire de notre territoire. Ceux-ci espèrent un renversement audacieux de l’ordre des priorités reposant sur une vision plus novatrice tout en rejoignant les racines essentielles de la culture.

Caline Eid, I.U.A.

Jehanne Phares, 27 ans

Caline Eid : Qu’as-tu appris grâce au cursus de l’IUA ?
Jehanne Phares : Enormément au niveau du Liban. Mais j'ai préféré les cours que l'on peut classer d’opérationnels plutôt que ceux un peu trop théoriques.
C. E. : As-tu complété ta formation par des stages ou par d’autres études à l’étranger ?
J. P. : Non, mis a part les ateliers de Cergy-Pontoise que j'ai fait grâce a l'ALBA et auxquels j'ai participé plusieurs fois, d’abord comme étudiante puis comme assistante.
C. E. : Quel métier pratiques-tu maintenant ?
J. P. : Je suis consultante en Urbanisme et en gestion de ressources culturelles à l'UNESCO à Paris, mais je travaille aussi en indépendante sur des projets d’Urbanisme.
C. E. : Qu’est ce que ta formation d’urbaniste t’a apporté de plus, en quoi celle-ci t’a été utile ?
J. P. : Elle m’a fait comprendre la diversité de l'Urbanisme et la nécessaire polyvalence d’un urbaniste ou du moins des métiers qui sont liés à la ville. Mon sujet de mémoire m'a permis d'arriver à l'UNESCO. En même temps que l'IUA, j'ai collaboré avec l’I.F.P.O., ce qui a constitué une ouverture intéressante. Je pense que ce D.E.S.S. m'a été utile à plus d'un titre parce que j'ai compris un peu plus le paysage urbain libanais tant physique qu’humain.
C. E. : As-tu travaillé dans le domaine de l’Urbanisme?
J. P. : Mon métier est directement lié aux politiques urbaines et aux outils mis en oeuvre pour les appliquer (PSMV, SCOT, etc.). Je travaille énormément sur le patrimoine urbain, notamment moderne (Brasilia par exemple) donc oui, je suis dans l'Urbanisme et je me définis comme urbaniste. Mais il y a certainement plusieurs approches du métier d'urbaniste et la mienne est certainement très différente de l'architecte-urbaniste. Pour ma part, j’aborde la ville par son aspect politique, social et économique en premier lieu.
C. E. : Quelle vision as-tu de l’Urbanisme au Liban ?
J. P. : Vaste sujet, il y aurait pas mal de réformes à faire mais aussi beaucoup de lois à appliquer.Il y a surtout une carence au niveau des compétences et c'est pour cela que l'I.U.A. peut jouer un rôle important. Le problème, c’est qu'au Liban l'Urbanisme est souvent pensé par des architectes, voire même des ingénieurs et, du coup, il pas conçu comme un ensemble. Ceux-ci construisent de la ville au lieu de lui donner les règles et les moyens de son développement

Serge Yazigi Diplômé Ecole d’Architecture, Promotion 93 et I.U.A., Promotion 95

C. E. : dans quel but as-tu choisi d’effectuer cette formation ?
S. Y. : intéressé par l'Urbanisme avant même de commencer mes études d'Architecture, j'étais convaincu d'une part de la relation étroite entre les deux formations, et d'autre part que l'Urbanisme offre un cadre aux problématiques qui m'intéressent, à savoir le cadre physique et social dans lequel nous évoluons. En 1993, j’ai bénéficié d'une bourse pour des études d'Urbanisme à l'Ecole Polytechnique de Turin, puis en je me suis inscrit en 1994 à l'I.U.A. pour finir parmi la toute première promotion d'urbanistes au Liban.
C. E. : as-tu complété ta formation par des stages ou d’autres études à l’étranger ?
S. Y. : pour ce qui me concerne, je continue encore mes études puisque je devrais commencer bientôt mon Doctorat en co-tutelle entre l'Université de Tours et Balamand tout en enseignant à l'I.U.A., convaincu de l'intérêt de joindre la théorie et la pratique de ce métier exigeant .
C. E. : quel métier pratiques-tu maintenant ?
S. Y. : en 1998, j’ai co-fondé avec Nagi Sfeir (Ecole d’Architecture Promotion 93 et IUA Promotion 95) notre atelier qui se structure en deux départements dont l'un est dévolu aux études urbaines. Aussitôt, nous avons du faire face à une demande croissante pour des études diverses, depuis le Design Urbain jusqu’aux Plans Directeurs, en passant par des Plans simplifiés de Développement et divers travaux de consultations et de recherche sur les méthodologies et les nouvelles approches urbaines au Liban. Nos clients étaient des Municipalités, des Directions Générales ou des ONG locales ou internationales. De même, certains de nos travaux ont été accomplis comme consultants auprès de bureaux d'étude libanais ou internationaux.
C. E. : qu’as-tu appris grâce au cursus de l’I.U.A. ?
S. Y. : pour en revenir à l'Institut, je suis convaincu de la grande valeur de cette formation tout en souhaitant la mise en place d'une dynamique plus compétitive. Plus de dix ans après la mise en place de ce premier DESS d'Urbanisme au Liban, une restructuration de base, tant sur la forme que le fond se doit d'être poursuivie. Une bataille devrait être aussi menée sur un autre front : celui de la nécessaire organisation de notre métier en lui assurant le cadre professionnel adéquat.

Sylvia Yammine 

C. E. : dans quel but as-tu choisi d’effectuer cette formation ?
S. Y. : les problèmes urbains qui se posent au Liban exigent des professionnels capables d’analyser globalement un projet urbain. J’ai souhaité faire partie de ces professionnels, surtout étant déjà architecte de formation.
C. E. : as-tu complété ta formation à l’I.U.A. par des stages ou d’autres études à l’étranger ?
S. Y. : non, j’ai travaillé tout de suite sur des projets urbains : le plan directeur de Zgharta et actuellement celui de Ehden en collaboration avec la municipalité.
C. E. : quel métier pratiques-tu maintenant ?
S. Y. : l’architecture en priorité puisque je ne peux pas participer à des projets urbains lancés par le gouvernement, ils sont encore confiés de gré à gré.
C. E. : qu’est ce que la formation en Urbanisme t’a apporté de plus ?
S. Y. : cette formation a été très utile. Maintenant, on arrive à mieux comprendre les particularités de chaque ville, de chaque ensemble urbain. L’Urbanisme, c’est une vision globale permettant de maîtriser les techniques de construction et d’organisation. Il n’y a pas de comparaison entre le travail d’un architecte et celui d’un urbaniste, ça se complète : l’architecture ne devrait pas se faire indépendamment de la conception générale d’une ville. Après avoir appris l’art de construire un édifice, j’ai donc appris l’art de construire une ville.
C. E. : as-tu travaillé dans le domaine de l’Urbanisme?
S. Y. : ce n’est pas mon métier à part entière. Au Liban il n’y a pas d’Urbanisme, c’est de l’anti-urbanisme. Pourtant, je ne peux pas dire que mon diplôme d’urbaniste est juste un diplôme supplémentaire parce qu’il m’a permis de participer à beaucoup de débats fructueux et d’être efficace pour ma région.
C. E. : as-tu été sollicitée pour participer à des projets lancés par le gouvernement ?
S. Y. : dans le but de remédier au développement anarchique de Zgharta durant la guerre, la Direction Générale de l’Urbanisme a confié à un bureau d’études la tâche d’établir un Plan Directeur de la ville. Le plan établi n’était plus en mesure de répondre aux opportunités actuelles. Par conséquent, un comité qui a poursuivi, avec la Direction Générale de l’Urbanisme, les études d’aménagement. Etant membre de ce comité, nous avons pris la juste mesure des besoins de la ville pour les vingt ans à venir. Mais le plan élaboré n’était pas tout à fait dans le cadre d’une stratégie de croissance maîtrisée même s’il répond aux besoins des habitants. J’aimerais par contre participer au développement du Schéma Directeur du territoire libanais proposé par M. Fouad Awada. Ce plan national est primordial et doit constituer un préalable à tout autre plan d’aménagement d’une zone quelconque. La volonté de l’Etat doit s’axer sur une vraie politique de gestion du patrimoine national sans compromis pour éviter les demi-solutions, grâce à des consultations, des études avec les acteurs sur le terrain ainsi que les décideurs publics et privés.
C. E. : quelle vision as-tu de l’Urbanisme au Liban ?
S. Y. : Malgré les apparences, la procédure à laquelle sont soumis les plans d’urbanisme au Liban souffre de certaines anomalies. Ces plans ont été fondés sur des statistiques assez vieilles et ont été publiés avant la guerre. Il faut les réviser tous les dix ans. En fait, la plupart des villes au Liban ne sont pas dotées d’un plan d’urbanisme car il était d’usage de recourir à un simple « Zoning » désuet qui ne relève pas de l’urbanisme.
C. E. : comment définirais-tu la relation entre Architecture et Urbanisme ?
S. Y. : le rapport entre Architecture et Urbanisme ne peut être ramené à une différence quantitative ; il est à la fois plus intime et plus complexe. Toute conception de la ville implique un langage architectural adapté et, réciproquement, tout type d’architecture présuppose un discours urbain cohérent.

Propos recueillis par Caline Eid, I.U.A.


jehanne phares
Jehanne Phares

Serge Yazigi

Sylvia Yammine


ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2005
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