Invité par l’Ecole de Cinéma
et de Réalisation Audiovisuelle dans le cadre de son partenariat
avec l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière,
Jean-Louis Berdot, réalisateur de documentaires, a animé
en mai dernier un séminaire sur ce sujet. Nous avons donc eu
envie d’en savoir plus.
<>Enrichi de
débats et de projections, ce séminaire d’une semaine avec
les étudiants d’Audiovisuel visait dans un premier temps
à analyser « la démarche documentaire » et le
travail créatif sur ce type de support, en étudiant
notamment le regard du documentariste : comment peut-il aller
au-delà du réel et affirmer sa subjectivité tout
en filmant la réalité ? « Contrairement à la
réalisation d’un magazine d’information, le documentaire prend
du temps pour l’analyse et laisse la place à l’imaginaire,
explique Jean-Louis Berdot. C’est un dispositif filmique qui en quelque
sorte reconstitue la réalité pour tendre à
l’universalité du sujet traité ».
Autre objectif de ce séminaire,
sensibiliser les étudiants à la problématique du
recueil de la parole en documentaire et plus particulièrement
aux différentes façons de reconstruire le passé.
Parallèlement à ces réflexions, Jean-Louis berdot
a encadré les projets de documentaires des étudiants,
depuis l’écriture des scénarii jusqu’à la
recherche de dispositifs filmiques. « Passionnant », le mot
revenait chez tous les étudiants ayant eu la chance d’y
participer.<>
« L’explosion » du documentaire
<>Cette rencontre
était aussi l’occasion pour nous de faire un point sur ce genre
cinématographique. « La situation du documentaire en
France est paradoxale, explique Jean-Louis Berdot. D’un
côté, sa diffusion s’est nettement
développée que ce soit à la
télévision ou en salles. Ceci s’explique par la
multiplication des canaux de diffusion télévisuels avec
le câble et les télés locales, par le succès
de certaines « locomotives » du documentaire comme les
films de Michael Moore ou de Nicolas Philibert, mais aussi par la
réaction du public aux débilités du genre
télé-réalité. » Ce nouveau
succès du documentaire a engendré des genres hybrides,
comme le docu-fiction ou le feuilleton documentaire. Un
phénomène qui perturbe la lisibilité du
documentaire de création.
Mais pour autant, la situation n’est pas
brillante pour les documentaristes et ceux-ci ont du mal à
trouver leur place. Car cette « explosion » du documentaire
s’est faite à moyens constants, ce qui réduit d’autant le
financement de chacun d’entre eux. « Et puis, explique Jean-Louis
Berdot, les grandes chaînes nationales françaises -
privées ou publiques - sont de plus en plus soucieuses de leur
audimat. Elles ont donc tendance à « formater » leur
case de diffusion en privilégiant l’actualité et les
dossiers-enquêtes, c'est-à-dire l’écriture
journalistique, à celle plus personnelle du cinéaste
documentariste. Et puis, les diffuseurs sont de plus en plus
interventionnistes : avant, on trouvait toujours une case dans une
programmation pour diffuser une œuvre ; maintenant, c’est la case qui
conditionne l’oeuvre. »<>
Entre réalité et fiction
Même si
le documentaire possède ses figures de style spécifiques
(l’interview, la reconstitution, le commentaire…), il se constitue le
plus souvent autour d’un récit et emprunte tous les «
ingrédients » à la fiction (hors-champ, ellipse,
rétention…) car, au même titre que celle-ci, il
prétend construire des histoires universelles. Ainsi, Robert
Flaherty, le père du documentaire, a toujours «
interprété » la réalité avec ses
personnages. Tout concoure donc à classer le documentaire du
côté du cinéma par opposition au magazine
d’information, même s’il partage avec celui-ci un même
référent : le réel. La réciproque existe du
côté des films de cinéma : « en fait, il y a
toujours une composante documentaire dans un film de fiction, reprend
Jean-Louis berdot. C’est ainsi que quand on demandait à Jean-Luc
Godard qu’il résume son film « Le mépris »,
inspiré d’une nouvelle d’Alberto Moravia, celui-ci disait :
« c’est un documentaire sur Brigitte Bardot ». »
Finalement, ce
qui distingue fondamentalement fiction et documentaire ne se situe pas
sur l’écran, mais dans la salle, dans la posture du spectateur
vis-à-vis de ce qui lui est donné à voir, lequel
fait la différence entre une histoire totalement imaginée
et interprétée par des acteurs et une histoire
réellement vécue et racontée par ses
protagonistes.
Et qu’en est-il
du plaisir cinématographique pur ? « Quand je vois ou je
fais un documentaire, la jubilation est la même pour moi car
j’éprouve alors un sentiment d’appartenance à
l’humanité. Je sens qu’une part de moi-même vit dans le
personnage à l’écran, aussi éloigné soit-il
de ma culture. C’est un sentiment de partage que j’éprouve
(trop) peu avec la fiction. Et c’est peut-être pour cette raison
que j’aime tant le cinéma de Jean Renoir ». Quand on vous
dit que sa passion pour le documentaire est communicative…
Sophie-Sarah
Gasnier
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Maître
de conférence à l’Université Paris VII Jussieu,
Jean-Louis Berdot est Responsable de l’Atelier Documentaire à
l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière.
Il a réalisé plusieurs courts-métrages, une
vingtaine de films scientifiques et autant de documentaires.
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Il a
également pris part en tant que juré à de nombreux
festivals de documentaires ainsi qu’à des séminaires
à l’étranger (Espagne, Italie, Maroc, etc).
Enfin, Jean-Louis Berdot co-organise avec « Le Monde diplomatique
» les rencontres annuelles sur la télévision
à Valence : « 25 images secondes ».
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