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Juin 2005 / No.5
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Rencontre: JEAN-LOUIS BERDOT, LA PASSION DU DOCUMENTAIRE

Invité par l’Ecole de Cinéma et de Réalisation Audiovisuelle dans le cadre de son partenariat avec l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière, Jean-Louis Berdot, réalisateur de documentaires, a animé en mai dernier un séminaire sur ce sujet. Nous avons donc eu envie d’en savoir plus.

<>Enrichi de débats et de projections, ce séminaire d’une semaine avec les étudiants d’Audiovisuel visait dans un premier temps à analyser « la démarche documentaire » et le travail créatif sur ce type de support, en étudiant notamment le regard du documentariste : comment peut-il aller au-delà du réel et affirmer sa subjectivité tout en filmant la réalité ? « Contrairement à la réalisation d’un magazine d’information, le documentaire prend du temps pour l’analyse et laisse la place à l’imaginaire, explique Jean-Louis Berdot. C’est un dispositif filmique qui en quelque sorte reconstitue la réalité pour tendre à l’universalité du sujet traité ».

Autre objectif de ce séminaire, sensibiliser les étudiants à la problématique du recueil de la parole en documentaire et plus particulièrement aux différentes façons de reconstruire le passé. Parallèlement à ces réflexions, Jean-Louis berdot a encadré les projets de documentaires des étudiants, depuis l’écriture des scénarii jusqu’à la recherche de dispositifs filmiques. « Passionnant », le mot revenait chez tous les étudiants ayant eu la chance d’y participer.<>

« L’explosion » du documentaire

<>Cette rencontre était aussi l’occasion pour nous de faire un point sur ce genre cinématographique. « La situation du documentaire en France est paradoxale, explique Jean-Louis Berdot. D’un côté, sa diffusion s’est nettement développée que ce soit à la télévision ou en salles. Ceci s’explique par la multiplication des canaux de diffusion télévisuels avec le câble et les télés locales, par le succès de certaines « locomotives » du documentaire comme les films de Michael Moore ou de Nicolas Philibert, mais aussi par la réaction du public aux débilités du genre télé-réalité. » Ce nouveau succès du documentaire a engendré des genres hybrides, comme le docu-fiction ou le feuilleton documentaire. Un phénomène qui perturbe la lisibilité du documentaire de création.

Mais pour autant, la situation n’est pas brillante pour les documentaristes et ceux-ci ont du mal à trouver leur place. Car cette « explosion » du documentaire s’est faite à moyens constants, ce qui réduit d’autant le financement de chacun d’entre eux. « Et puis, explique Jean-Louis Berdot, les grandes chaînes nationales françaises - privées ou publiques - sont de plus en plus soucieuses de leur audimat. Elles ont donc tendance à « formater » leur case de diffusion en privilégiant l’actualité et les dossiers-enquêtes, c'est-à-dire l’écriture journalistique, à celle plus personnelle du cinéaste documentariste. Et puis, les diffuseurs sont de plus en plus interventionnistes : avant, on trouvait toujours une case dans une programmation pour diffuser une œuvre ; maintenant, c’est la case qui conditionne l’oeuvre. »<>

Entre réalité et fiction

Même si le documentaire possède ses figures de style spécifiques (l’interview, la reconstitution, le commentaire…), il se constitue le plus souvent autour d’un récit et emprunte tous les « ingrédients » à la fiction (hors-champ, ellipse, rétention…) car, au même titre que celle-ci, il prétend construire des histoires universelles. Ainsi, Robert Flaherty, le père du documentaire, a toujours « interprété » la réalité avec ses personnages. Tout concoure donc à classer le documentaire du côté du cinéma par opposition au magazine d’information, même s’il partage avec celui-ci un même référent : le réel. La réciproque existe du côté des films de cinéma : « en fait, il y a toujours une composante documentaire dans un film de fiction, reprend Jean-Louis berdot. C’est ainsi que quand on demandait à Jean-Luc Godard qu’il résume son film « Le mépris », inspiré d’une nouvelle d’Alberto Moravia, celui-ci disait : « c’est un documentaire sur Brigitte Bardot ». »

Finalement, ce qui distingue fondamentalement fiction et documentaire ne se situe pas sur l’écran, mais dans la salle, dans la posture du spectateur vis-à-vis de ce qui lui est donné à voir, lequel fait la différence entre une histoire totalement imaginée et interprétée par des acteurs et une histoire réellement vécue et racontée par ses protagonistes.

Et qu’en est-il du plaisir cinématographique pur ? « Quand je vois ou je fais un documentaire, la jubilation est la même pour moi car j’éprouve alors un sentiment d’appartenance à l’humanité. Je sens qu’une part de moi-même vit dans le personnage à l’écran, aussi éloigné soit-il de ma culture. C’est un sentiment de partage que j’éprouve (trop) peu avec la fiction. Et c’est peut-être pour cette raison que j’aime tant le cinéma de Jean Renoir ». Quand on vous dit que sa passion pour le documentaire est communicative…

Sophie-Sarah Gasnier


Maître de conférence à l’Université Paris VII Jussieu, Jean-Louis Berdot est Responsable de l’Atelier Documentaire à l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière. Il a réalisé plusieurs courts-métrages, une vingtaine de films scientifiques et autant de documentaires.
Il a également pris part en tant que juré à de nombreux festivals de documentaires ainsi qu’à des séminaires à l’étranger (Espagne, Italie, Maroc, etc). Enfin, Jean-Louis Berdot co-organise avec « Le Monde diplomatique » les rencontres annuelles sur la télévision à Valence : « 25 images secondes ».



ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2005
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