Vous l'avez sans doute croisé dans
les couloirs de l'ALBA ou peut-être même vous enseigne-t-il
l’art du dessin ! Pour certains, c’est un homme de caractère;
pour d’autres, c’est un homme à deux facettes. Je voulais savoir
qui était réellement l’énigmatique Jean-Marc
Nahas. C'est dans la quiétude de son atelier au sixième
étage qu'il ma reçu pour me raconter son parcours
artistique.
Jean-Marc
Nahas et Paris
Très jeune, il quitte son pays pour Paris afin de
démarrer une nouvelle vie. A l'âge de 17 ans, il
découvre qu’il est destiné à la peinture et
commence sa formation à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts
(E.N.S.B.A.). Ce ne fut pas facile pour lui de me raconter son
expérience parisienne : il semblait ne pas vouloir en parler,
lui qui préfère s'exprimer par ses œuvres. « A
Paris, il n’a pas eu le temps de vivre tellement il voulait apprendre.
Il a côtoyé des artistes auprès de qui il a
beaucoup appris : « les écoles et les bouquins
t'apprennent beaucoup de choses mais les choses essentielles, tu les
apprends par les hommes eux-mêmes. » Puis, il continue :
« je raconte ma vie sur mes toiles à partir d'un certain
vécu au risque d’ arrêter de vivre aux dépens de
mes personnages. Je ne fais parfois plus la différence entre
réalité et fiction. »
Jean-Marc
Nahas et la peinture
Jean-Marc Nahas a choisi la peinture comme moyen d'expression, c’est
là son atout majeur. « Je n’ai aucun respect pour la
peinture conventionnelle. A mon sens, la peinture contemporaine doit
survivre par une implication différente, un engagement plus
politique et plus social. Elle doit prendre une dimension toujours
nouvelle. Le peintre doit toujours rester conscient de ce qui
l’entoure. Avoir abordé la guerre dans son travail récent
apparaît étrangement visionnaire aujourd’hui
puisqu’à la veille de l’attentat contre Rafic Hariri, il
exposait au Centre Culturel Français une fresque de dix
mètres, intitulée « Beyrouth mon amour » ,
où il décrit la guerre. Une succession de dessins,
où jaillit la douleur. « Il me fallait cracher sur cette
guerre et le lendemain, cette guerre renaissait de ses cendres. Une
seule chose est sûre : devant la toile il faut tout dire, verser
son âme, n’avoir ni retenue ni pudeur. »
Jean-Marc
Nahas et l’ALBA
Lui demandant de parler de son expérience à l'ALBA,
Jean-Marc me répond qu'il s’y plaît, considérant ce
monde bruyant d’élèves-artistes très
intéressant. Il passe beaucoup de temps à
l’Académie, où il a son atelier. Il y apprécie
l’approche humaine et l’émulation constante : "je
m’intéresse aux gens et et les gens s’intéressent
à moi !". Ceci se reflète sur son travail de peintre qui
devient plus libre. Bref, à l'ALBA, Jean-Marc Nahas a compris
qu'il ne pouvait pas vivre seul.
Jean-Marc
Nahas et l’homme
Nous avons alors abordé un autre sujet où cet artiste se
trouva – à sa propre surprise - plus transparent qu'il ne
pensait l'être. Il me parla de ce qu'il appelle "la contradiction
de sa vie". En effet, Jean-Marc Nahas a deux facettes : celle d’un mari
et d’un père qui cherche à protéger sa famille ;
celle d’un homme bohême, d’un nomade qui a sans cesse besoin de
nouveauté pour rester motivé. Cette nouveauté, il
la puise dans un doute permanent à la recherche d’une certaine
vérité, sans diplomatie hypocrite. D’où son
impulsivité qui peut choquer parfois, ses réactions
hâtives et son attitude parfois cassante. Cependant, cette
violence semble se transformer en amour face à la toile : la
peinture est son écriture pour exprimer ses douleurs, pour
raconter sa vie, à grands traits de pinceau. Pour lui, la
peinture est une thérapie pour supporter sa propre vie.
Pamela Khoury, AI 1
NDLR: un recueil de dessins intitulé
« Jet d’encre » est sorti à cette occasion.