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Juin 2005 / No.5
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Portrait : L’ENIGMATIQUE JEAN-MARC NAHAS

Vous l'avez sans doute croisé dans les couloirs de l'ALBA ou peut-être même vous enseigne-t-il l’art du dessin ! Pour certains, c’est un homme de caractère; pour d’autres, c’est un homme à deux facettes. Je voulais savoir qui était réellement l’énigmatique Jean-Marc Nahas. C'est dans la quiétude de son atelier au sixième étage qu'il ma reçu pour me raconter son parcours artistique.

Jean-Marc Nahas et Paris
Très jeune, il quitte son pays pour Paris afin de démarrer une nouvelle vie. A l'âge de 17 ans, il découvre qu’il est destiné à la peinture et commence sa formation à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts (E.N.S.B.A.). Ce ne fut pas facile pour lui de me raconter son expérience parisienne : il semblait ne pas vouloir en parler, lui qui préfère s'exprimer par ses œuvres. « A Paris, il n’a pas eu le temps de vivre tellement il voulait apprendre. Il a côtoyé des artistes auprès de qui il a beaucoup appris : « les écoles et les bouquins t'apprennent beaucoup de choses mais les choses essentielles, tu les apprends par les hommes eux-mêmes. » Puis, il continue : « je raconte ma vie sur mes toiles à partir d'un certain vécu au risque d’ arrêter de vivre aux dépens de mes personnages. Je ne fais parfois plus la différence entre réalité et fiction. »

Jean-Marc Nahas et la peinture
Jean-Marc Nahas a choisi la peinture comme moyen d'expression, c’est là son atout majeur. « Je n’ai aucun respect pour la peinture conventionnelle. A mon sens, la peinture contemporaine doit survivre par une implication différente, un engagement plus politique et plus social. Elle doit prendre une dimension toujours nouvelle. Le peintre doit toujours rester conscient de ce qui l’entoure. Avoir abordé la guerre dans son travail récent apparaît étrangement visionnaire aujourd’hui puisqu’à la veille de l’attentat contre Rafic Hariri, il exposait au Centre Culturel Français une fresque de dix mètres, intitulée « Beyrouth mon amour » , où il décrit la guerre. Une succession de dessins, où jaillit la douleur. « Il me fallait cracher sur cette guerre et le lendemain, cette guerre renaissait de ses cendres. Une seule chose est sûre : devant la toile il faut tout dire, verser son âme, n’avoir ni retenue ni pudeur. »

Jean-Marc Nahas et l’ALBA
Lui demandant de parler de son expérience à l'ALBA, Jean-Marc me répond qu'il s’y plaît, considérant ce monde bruyant d’élèves-artistes très intéressant. Il passe beaucoup de temps à l’Académie, où il a son atelier. Il y apprécie l’approche humaine et l’émulation constante : "je m’intéresse aux gens et et les gens s’intéressent à moi !". Ceci se reflète sur son travail de peintre qui devient plus libre. Bref, à l'ALBA, Jean-Marc Nahas a compris qu'il ne pouvait pas vivre seul.

Jean-Marc Nahas et l’homme
Nous avons alors abordé un autre sujet où cet artiste se trouva – à sa propre surprise - plus transparent qu'il ne pensait l'être. Il me parla de ce qu'il appelle "la contradiction de sa vie". En effet, Jean-Marc Nahas a deux facettes : celle d’un mari et d’un père qui cherche à protéger sa famille ; celle d’un homme bohême, d’un nomade qui a sans cesse besoin de nouveauté pour rester motivé. Cette nouveauté, il la puise dans un doute permanent à la recherche d’une certaine vérité, sans diplomatie hypocrite. D’où son impulsivité qui peut choquer parfois, ses réactions hâtives et son attitude parfois cassante. Cependant, cette violence semble se transformer en amour face à la toile : la peinture est son écriture pour exprimer ses douleurs, pour raconter sa vie, à grands traits de pinceau. Pour lui, la peinture est une thérapie pour supporter sa propre vie.

Pamela Khoury, AI 1

NDLR: un recueil de dessins intitulé « Jet d’encre » est sorti à cette occasion.



une oeuvre de Jean-Marc Nahas
Jean-Marc Nahas


ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2005
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