Le
28 Juin prochain, les étudiants de 2ème année en
Arts Décoratifs vont relever un défi impressionnant :
représenter, le temps d’une soirée inoubliable, un
opéra de la tétralogie de Richard Wagner, mais sous la
forme d’un spectacle de marionnettes à fils…
L’Or du Rhin… C’est
quoi ? C’est l’histoire de deux mondes en conflit : le Nibelheim,
habité par les Nibellungen (des nains trapus et moches), et le
Walhalla, habité par les dieux…Tout commence au fond du Rhin,
lorsque Alberich, le chef des nains, surprend les gardiennes de l’or.
Il essaye de les séduire, et quand elles le rejettent, il
décide de voler l’or, renonçant ainsi à l’amour.
En forgeant un anneau avec cet or, il pourra ainsi accéder au
pouvoir absolu. Tandis qu’au Walhalla, Wotan, le Dieu des Dieux, refuse
de payer les deux géants qui lui ont construit son grand palais.
Il décide alors de descendre au Nibelheim pour voler l’anneau
pour payer ses dettes… .
Des dieux, des géants, des nains et … nous ! Nous, avec nos
outils et nos idées farfelues pour faire un spectacle
gigantesque. Il faut dire que Wagner, célèbre pour avoir
composé des musiques très « visuelles », ne
nous a pas facilité la tâche et nos professeurs non plus.
Mais bon… Comme toujours, il a fallu relever le défi !
Après avoir dépassé l’étape : « Nous,
les marionnettes, c’est pas notre truc… », nous nous sommes mis
au travail, un travail de groupe. Chacun a présenté la
marionnette du personnage qu’il avait choisi, son concept de
décors et sa proposition pour le volet graphique (affiche,
invitation etc.). Il a ensuite fallu diviser les tâches pour la
phase commune. Un travail très rigoureux à un rythme
effréné mais, lorsqu’on pensait au moment où nous
serions sur scène, saluant à la fin du spectacle, on se
disait que ça valait vraiment la peine. Car, chaque
année, le spectacle des 2ème année reste une
expérience inoubliable.
Si j’osais, voici quelques conseils à nos amis de 1ère
année lorsqu’ils vivront, à leur tour,
l’expérience du spectacle : faites la tournée des
magasins qui vendent des trucs bizarres ; ne vous disputez pas entre
vous pour des choses bêtes ; imaginez des décors à
priori irréalisables ; pensez à l’atelier comme si
c’était votre seconde maison ; ne pensez pas au stress mais
plutôt au jour du spectacle ; dites-vous que si les patrons vous
crient dessus, c’est pour vous motiver et non vous sanctionner. Enfin,
oubliez le mot « vacances », un terme qui commencera
à vous sembler vague et dénué de sens…
Agnès Khorassandjian, Pub 2
site internet du projet
L’équipe enseignante du spectacle est composée de Joumana
Youssevitch, Aurore Beaini, Pierre Hage Boutros, Raphaella Joreige,
Catherine Ariss, Tania Baraké, Matthieu Sfeir et Gregory
Buchakjian.
Ils se cacheront, le soir du spectacle, derrière leurs
marionnettes. A l’heure des préparatifs, faisons connaissance
avec certains d’entre eux et écoutons leurs commentaires
à chaud.
A. K. : que représente cette expérience pour vous?
Karl : au
début, je ne me sentais pas très concerné ni
très enthousiaste. Mais peu à peu, j’ai commencé
à réaliser que c’était une expérience
unique et que je devais la vivre à fond.
Tara : ce spectacle, c’est l’accomplissement des deux années
d’études que nous avons passées à l’ALBA et une
chance de sortir des projets habituels, de travailler en trois
dimensions dans un cadre pas comme les autres.
Marylin : c’est une chance pour moi d’apprendre à travailler en
groupe, de tenir des responsabilités et de me dépasser.
Fabienne : c’est une expérience unique où l’on apprend ce
qu’est vraiment le travail de groupe.
Edgard : ce n’est pas une simple note, mais un spectacle qu’on doit
gérer dans toute sa totalité.
Nicole : c’est un travail de groupe qui nous pousse à travailler
en utilisant toutes nos capacités.
Noura : je trouve que c’est une chance extraordinaire de travailler sur
un opéra de Wagner. C’est une expérience sublime, au
niveau du travail et du divertissement collectif.
Giovanina : pour moi, c’est un enrichissement de l’esprit.
A. K. : Comment avez-vous choisi chacun votre personnage?
Elie (Wotan : Dieu
des Dieux) : c’est le personnage qui m’a le plus inspiré,
après avoir lu l’histoire.
Nicole (Loge : Dieu du Feu) : je l’ai trouvé intéressant.
J’ai toujours eu envie de représenter un personnage malicieux.
Sinan (Loge) : tous les personnages me paraissaient
intéressants, mais j’ai fait mon choix selon les idées
que j’ai eues pour mon personnage au moment même…
Karl (Fasolt : géant) : je pensais que c’était le
personnage le plus facile à représenter… Bien sûr,
je me suis vite rendu compte que rien n’était facile !
Tara (Les filles du Rhin, gardiennes de l’or): la partie où mon
personnage évoluait dans l’opéra m’a inspirée.
L’harmonie de la musique m’emportait vraiment.
Marylin (Fafner : géant) : son entrée est spectaculaire
et la musique y est puissante. J’ai toujours voulu construire quelque
chose de géant…
Fabienne (les nains forgerons) : les nains représentaient un
défi intéressant puisque c’est un groupe de personnages
qu’il fallait représenter en une seule marionnette.
Rouba (Erda : Déesse de la terre) : par hasard !
Giovanina (Mime : Nain) : j’ai senti que c’était un personnage
hors du commun… et donc j’ai voulu relever le défi de le
représenter.
A. K. : Qu’est-ce que cela vous apporte sur le plan de la
créativité? Et comment était-ce un défi
technique?
Fiona : la
maniabilité des marionnettes est primordiale, ce qui limite
parfois le « délire ».
Edgard : la créativité de chacun doit pouvoir s’adapter
à celle des autres et s’inscrire dans le domaine du
réalisable sans uniquement se baser sur des idées
conceptuelles. On doit pouvoir matérialiser nos concepts, ce qui
représente le défi.
Elie : on a été obligés de créer un
personnage en partant de zéro. Cela nous a permis de pousser
notre créativité à l’extrême et de nous
exprimer librement.
Nicole : le fait de construire un objet qu’on a en tête à
base de l’imaginaire avait des difficultés qu’on a appris
à dépasser au fur et à mesure.
Tara : le spectacle pousse notre créativité à bout
puisqu’on crée un univers qui va des personnages aux
décors. Il nous apprend à transformer les objets qui nous
entourent au service de notre imagination, d’où des
difficultés techniques pour donner aux marionnettes l’aspect
d’un corps aussi bien articulé que le corps humain.
Marylin : la technique des marionnettes à fils m’était
inconnue et donc c’était un vrai défi de pouvoir
créer une marionnette et de savoir la manipuler.
Sinan : c’est une toute nouvelle expérience du point de vue de
la créativité, en comparaison avec les autres projets
qu’on fait durant l’année.
Rouba : c’est la première fois que je participe à un
spectacle et j’ai voulu être le plus créative possible.
N’ayant jamais fabriqué de marionnette auparavant, je me suis
éclatée et j’ai presque contourné tous les
problèmes techniques.
Fabienne : le défi était d’arriver à trouver le
bon mécanisme et les articulations nécessaires, ainsi
qu’un visuel original… c’est là où la
créativité joue un rôle important.
Karl : on oublie par cette expérience le mot « impossible
»…
A. K. : Qu’est-ce que ça vous apporte de travailler sur un
projet commun?
Fiona : cela nous a
tous rapprochés malgré quelques tensions occasionnelles
mais prévisibles.
Edgard : les séances de « brainstorming » collectif
ont permis de pousser les concepts à bout et d’enrichir
certaines idées.
Nicole : l’échange d’idées a stimulé nos sens. On
apprend de l’autre.
Karl : c’est la plus belle chose, le travail en groupe. On apprend
à se comprendre et, surtout, à s’écouter.
Tara : çà m’aide à accepter les idées des
autres et, surtout, çà me donne un aperçu sur le
monde du travail, pour plus tard…
Marylin : s’habituer à travailler avec les autres et à
prendre en considération leur avis nous permettra d’avoir un
résultat à la hauteur du spectacle.
Rouba : j’apprends à écouter les autres, à
intervenir s’il le faut, et à pouvoir adapter mes idées
avec celles des autres.
Noura : le plus grand défi était au niveau de la
communication entre les élèves, apprendre à
partager nos idées sans nous arracher les cheveux.
Fabienne : beaucoup d’échanges, de fous rires, mais aussi de
engueulades…
Sinan : faire évoluer l’esprit d’équipe et de
coopération.
Giovanina : c’est un engagement vis-à-vis de 40 autres
étudiants et des professeurs de l’ALBA.
A. K. : Quel est votre truc pour conjurer le trac ?
Karl : je me gratte le nez…
Tara : je
pense à la plage, aux îles Maldives…
Marylin :
j’essaye de rester optimiste.
Edgard :
j’engage des batailles de polystyrène.
Elie : je me
concentre sur le travail, j’oublie ce qu’il y a autour de moi…
Fabienne :
j’ai des crises de fous rires !
Rouba : je
mange des bonbons.
Noura : je
chante, et, surtout, je reste optimiste.
Sinan :
j’utilise l’énergie du trac pour améliorer mes
performances.
Giovanina :
grâce au travail collectif, le stress individuel devient un
stress collectif, plus facile à combattre. On se soutient !!
Propos recueillis par Agnès
Khorassandjian, Pub 2
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