Novembre 2005 / No.6
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Rencontre : VERA BOURGY

L’architecte Véra Bourgy n’a jamais vraiment quitté l’ALBA où elle a fait ses études puisqu’elle y enseigne depuis 1985. Et depuis le début de son parcours professionnel, elle n’a de cesse de s’interroger et de renouveler son regard sur l’évolution de ce métier qui la passionne. Rencontre.

Le regard de Véra sur la formation académique

Dur, dur, la formation en architecture ? « Arrivé à l’université, l’étudiant est livré à lui même, il doit apprendre à travailler de manière autonome en ayant rassemblé autour de lui toutes les connaissances nécessaires à la réalisation de son projet d’architecture. Une fois celui-ci achevé, il doit savoir le défendre, convaincre un jury et accepter les éventuelles remises en question de son travail… ceci pour recommencer un mois plus tard à plancher sur un autre projet ! Mais c’est une très bonne école. »

Une fois sur le terrain, que reste-t-il d’une formation universitaire et comment évaluer les acquis d’hier et leur impact dans l’exercice de son métier d’architecte ? « Durant mon cursus universitaire, je pense avoir appris avant tout à avoir la bonne approche pour toutes sortes de problèmes, à développer un esprit de synthèse qui permet d’aboutir, à force de rigueur dans le raisonnement, à la création et à la réalisation d’un projet conçu dans  les règles de l’art. Cette aptitude est le résultat de la confrontation des étudiants durant leur formation à des projets divers à un rythme soutenu, ce qui les pousse à apprendre à gérer conjointement deux facteurs importants : le stress et la diversité. En fait, s’il faut parler chiffres, la formation universitaire dote selon moi l’étudiant de 80% de connaissances et de 20% de réalisations. »

Le regard de Véra sur le métier d’architecte

Une fois diplômé, de la formation à la réalité du terrain, il y a-t-il un fossé important ? « Si beaucoup de compétences ont déjà été acquises lors du cursus universitaire, qui demeurent d’actualité, d’autres éléments ont été totalement nouveaux pour moi lorsque j’ai fait mes premières armes en tant qu’architecte. Ainsi, ce n’est que sur le tas qu’on apprend à se familiariser avec les lois du marché : quand on travaille sur un projet concret, on apprend à la fois à négocier et à faire des compromis de sorte qu’on finit parfois par jouer davantage le rôle d’un directeur technique que celui d’un vrai architecte-consultant. C’est pourquoi il faut apprendre à être flexible afin de répondre à l’offre et à la demande. Il faut aussi être ouvert d’esprit, se tenir au courant des nouvelles tendances, savoir traiter avec les fournisseurs pour se familiariser avec les nouveaux équipements. Dans ce métier, il faut aussi mettre en avant sa capacité d’écoute pour rester le plus fidèle possible au projet du client et savoir aussi partager  ses doutes par rapport à lui. »

En fait, quel est le secret pour la réussite d’un projet d’architecture ? « A mon sens, être architecte c’est savoir travailler en équipe, s’entourer de personnes compétentes comme des techniciens spécialisés, des consultants pour assurer la bonne marche du projet. Et pour le mener à terme, il faut avoir du souffle, être prêt parfois à reconsidérer des parties du plan initial afin de s’adapter à certaines exigences et d’être en conformité avec les lois avant d’éprouver finalement l’immense satisfaction de voir ses plans aboutir. Très souvent dans ce métier, la définition de ce qu’est un projet de construction va à l’encontre de toute logique. En effet, certains architectes n’y voient qu’un argument commercial destiné à impressionner les gens ou à afficher la réussite de leur client ou encore à s’imposer comme un créateur dont l’art dépasse les règles de construction classiques. »

Le regard de Véra sur son rôle d’enseignant

Et quels bénéfices trouve-t-elle à transmettre à son tour ce savoir ? « Pour moi, enseigner à l’ALBA en parallèle de l’exercice de mon métier d’architecte a été bénéfique. Cela m’a surtout fait prendre conscience de la nécessité d’inclure certains aspects importants dans la formation académique. Par exemple, j’essaie d’inculquer à mes étudiants une rigueur sans faille pour être capable d’analyser méthodiquement un problème. Ainsi « armés », les futurs architectes n’auront aucun mal à saisir les priorités dans l’exercice de leur métier et éviter ainsi de commettre des erreurs en prenant des décisions  à la hâte. Ma mission n’est pas tant de dire à l’étudiant ce qu’il doit faire, mais plutôt à lui apprendre à réfléchir d’abord au « pourquoi » et puis au « comment » de son projet. »

En conclusion ? « Il y a selon moi toutes sortes d’architectes : il y a les champions des concours d’architecture qui n’ont pourtant pas vu leurs projets se concrétiser, il y a ceux qui ont choisi d’enseigner, de créer des meubles ou d’écrire des livres… Ces architectes-là sont ceux qui ont su trouver le moyen de faire s’épanouir dans leur carrière le côté académique.»

Propos recueillis par Joëlle Gédéon


Vera Bourgy lors d'une conférence à l'ordre des Ingénieurs et Architectes de Beyrouth
Projet de centre balnéaire à Khaldeh
Projet du club Country Lodge


ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2005
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