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L’architecte Véra Bourgy n’a jamais vraiment quitté l’ALBA
où elle a fait ses études puisqu’elle y enseigne depuis
1985. Et depuis le début de son parcours professionnel,
elle n’a de cesse de s’interroger et de renouveler son
regard sur l’évolution de ce métier qui la passionne.
Rencontre.
Le regard
de Véra sur la formation académique
Dur, dur, la
formation en architecture ? « Arrivé à l’université,
l’étudiant est livré à lui même, il doit apprendre à
travailler de manière autonome en ayant rassemblé autour
de lui toutes les connaissances nécessaires à la
réalisation de son projet d’architecture. Une fois
celui-ci achevé, il doit savoir le défendre, convaincre
un jury et accepter les éventuelles remises en question
de son travail… ceci pour recommencer un mois plus tard
à plancher sur un autre projet ! Mais c’est une très
bonne école. »
Une fois sur
le terrain, que reste-t-il d’une formation
universitaire et comment évaluer les acquis d’hier et
leur impact dans l’exercice de son métier d’architecte ?
« Durant mon cursus universitaire, je pense avoir
appris avant tout à avoir la bonne approche pour toutes
sortes de problèmes, à développer un esprit de synthèse
qui permet d’aboutir, à force de rigueur dans le
raisonnement, à la création et à la réalisation d’un
projet conçu dans les règles de l’art. Cette aptitude
est le résultat de la confrontation des étudiants durant
leur formation à des projets divers à un rythme soutenu,
ce qui les pousse à apprendre à gérer conjointement deux
facteurs importants : le stress et la diversité. En
fait, s’il faut parler chiffres, la formation
universitaire dote selon moi l’étudiant de 80% de
connaissances et de 20% de réalisations. »
Le regard
de Véra sur le métier d’architecte
Une fois
diplômé, de la formation à la réalité du terrain, il y
a-t-il un fossé important ? « Si beaucoup de
compétences ont déjà été acquises lors du cursus
universitaire, qui demeurent d’actualité, d’autres
éléments ont été totalement nouveaux pour moi lorsque
j’ai fait mes premières armes en tant qu’architecte.
Ainsi, ce n’est que sur le tas qu’on apprend à se
familiariser avec les lois du marché : quand on
travaille sur un projet concret, on apprend à la fois à
négocier et à faire des compromis de sorte qu’on finit
parfois par jouer davantage le rôle d’un directeur
technique que celui d’un vrai architecte-consultant.
C’est pourquoi il faut apprendre à être flexible afin de
répondre à l’offre et à la demande. Il faut aussi être
ouvert d’esprit, se tenir au courant des nouvelles
tendances, savoir traiter avec les fournisseurs pour se
familiariser avec les nouveaux équipements. Dans ce
métier, il faut aussi mettre en avant sa capacité
d’écoute pour rester le plus fidèle possible au projet
du client et savoir aussi partager ses doutes par
rapport à lui. »
En fait, quel est le secret pour la
réussite d’un projet d’architecture ? « A mon sens,
être architecte c’est savoir travailler en équipe,
s’entourer de personnes compétentes comme des
techniciens spécialisés, des consultants pour assurer la
bonne marche du projet. Et pour le mener à terme, il
faut avoir du souffle, être prêt parfois à reconsidérer
des parties du plan initial afin de s’adapter à
certaines exigences et d’être en conformité avec les
lois avant d’éprouver finalement l’immense satisfaction
de voir ses plans aboutir. Très souvent dans ce métier,
la définition de ce qu’est un projet de construction va
à l’encontre de toute logique. En effet, certains
architectes n’y voient qu’un argument commercial destiné
à impressionner les gens ou à afficher la réussite de
leur client ou encore à s’imposer comme un créateur dont
l’art dépasse les règles de construction classiques. »
Le
regard de Véra sur son rôle d’enseignant
Et quels
bénéfices trouve-t-elle à transmettre à son tour ce
savoir ? « Pour moi, enseigner à l’ALBA en parallèle
de l’exercice de mon métier d’architecte a été
bénéfique. Cela m’a surtout fait prendre conscience de
la nécessité d’inclure certains aspects importants dans
la formation académique. Par exemple, j’essaie
d’inculquer à mes étudiants une rigueur sans faille pour
être capable d’analyser méthodiquement un problème.
Ainsi « armés », les futurs architectes n’auront aucun
mal à saisir les priorités dans l’exercice de leur
métier et éviter ainsi de commettre des erreurs en
prenant des décisions à la hâte. Ma mission n’est pas
tant de dire à l’étudiant ce qu’il doit faire, mais
plutôt à lui apprendre à réfléchir d’abord au
« pourquoi » et puis au « comment » de son projet. »
En
conclusion ? « Il y a selon moi toutes sortes
d’architectes : il y a les champions des concours
d’architecture qui n’ont pourtant pas vu leurs projets
se concrétiser, il y a ceux qui ont choisi d’enseigner,
de créer des meubles ou d’écrire des livres… Ces
architectes-là sont ceux qui ont su trouver le moyen de
faire s’épanouir dans leur carrière le côté académique.»
Propos recueillis par Joëlle Gédéon |