Mars 2006 / No.7
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"Imprints", l'art conceptuel au service de l'inconscient
Du 27 février au 4 mars derniers, l’exposition présentée dans la Salle Polyvalente de l’ALBA nous a invités à faire un voyage au delà de l’inconscient. Des visages, une multitude de visages peints ou sculptés, rassemblés en cinq chapitres autour du thème « Imprints » (empreintes). L’artiste libanaise Béba Hamati cherche à traduire des sentiments intenses par la présence récurrente du portrait, comme si chaque visage surgissait d’un lointain souvenir…

Le parcours de l’exposition de Béba Hamati était structuré suivant cinq mots-clés qui définissent selon elle les différentes facettes d’une empreinte. Comment ces termes ont-ils surgi ? « En fait, c’est au cours d’une discussion que j’ai eue avec une amie sur l’empreinte gravée par le souvenir d’une ancienne connaissance que nous aimions beaucoup », explique Béba. Les cinq sections au sein de l’exposition - « Immemorial », « Indelible », « Remarkable », « Recurrent » et « Invading » - intensifient selon la « portraitiste » l’impact ressenti par la vue des œuvres.

Béba Hamati tient toujours à transmettre un concept dans son travail artistique, ici le principe de l’empreinte des êtres pour les œuvres qu’elle a exposées à l’ALBA. Dès son enfance, l’artiste était attachée à la véritable communication en face à face et détestait avoir recours au téléphone, par exemple, qui l’empêchait de déchiffrer les signaux silencieux dévoilés par un visage. De même, elle s’est toujours sentie concernée par les problèmes d’appartenance, d’où sa démarche de placer la condition humaine au coeur de son travail. Mais pourquoi ne représenter que des portraits et pourquoi le corps humain est-il exclu du visage ? « Ce que nous sommes en tant qu’apparence, personnalité et émotions réside dans notre tête », explique-t-elle. « J’utilise le visage sans faire appel aux autres détails corporels pour suggérer la présence d’une personne et les subtiles différences que j’apporte dans la gestuelle et dans les inclinations des têtes lui confèrent une individualité. »

L’homme, une « pelote » de mémoire

Et lorsque je demande à Béba comment elle conçoit la condition humaine, elle me livre alors cette intéressante réflexion : « En ayant vécu dans des villes aussi différentes que Beyrouth, Londres, Singapour et Dubaï, j’ai découvert des cultures très variées. Et pourtant, j’étais toujours étonnée de remarquer combien nous sommes tous similaires en tant qu’êtres humains. Les villes modernes sont confrontées à des soucis communs. Nos succès sont mesurés par les réseaux que nous traçons pour nous intégrer dans la société. L’isolement est d’ailleurs le moyen de punition utilisé dans les prisons. En fait, l’Homme est une pelote de mémoires et d’espoirs, et nous passons notre vie entière à chercher intensément à « appartenir ». Ce que nous laissons comme traces de nous-mêmes, et qui nous rend parfois mémorables, forge notre individualité. Ainsi, nous sommes permanents tant qu’il y a quelqu’un qui se souvient de nous. »

A chaque sujet sa technique

La démarche artistique de Béba Hamati s’exprime par de techniques mixtes : la brique, le papier, la cire, les fibres de verre, la résine, la toile imprimée, etc. Cette polyvalence dans son travail prend naissance naturellement, sans idée préconçue. « Je visualise les matériaux comme des émotions enfermées qui seront relâchées une fois cette matière manipulée hors de son contexte traditionnel », m’explique Béba. « Le choix de tel matériau et telle technique pour illustrer tel sujet est tantôt le fruit d’une idée instantanée, tantôt le résultat de longues recherches ». Et ces recherches ne s’arrêtent que lorsque l’artiste est totalement satisfaite de son résultat. Ainsi, le travail de Béba dans sa section ‘Immemorial’, cherchant à surpasser le temps et les frontières spatiales, a-t-il été exprimé avec des pinceaux : le visage est griffonné d’encre avant qu’il ne s’envole de sa mémoire, comme si elle essayait d’attraper un rêve avant qu’il ne s’efface. D’autres visages ont, eux, été travaillés sur ordinateur, puis imprimés sur des tissus…

Chaque section de cette exposition illustrait donc une technique différente : dans la section « Immemorial », on remarque la présence de cinq grands tableaux fait de papier, de fibre de verre et de résine ; dans la section « Indelible », l’artiste a eu recours à une installation de boîtes de bois surmontées de têtes en époxy ; la section « Re-markable », consistait en une installation de briques ; la section « Reccurent » était représentée par une machine rotative et enfin, la section « Invading » présentait 6 toiles informatisé.

Serena Abi Chebel, AP2



l'affiche de l'exposition

oeuvre de Beba Hamati

oeuvre de Beba Hamati

Beba Hamati (à g.) décrivant son travail le soir du vernissage



ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2006
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