| Du 27 février
au 4 mars derniers, l’exposition présentée dans la Salle
Polyvalente de l’ALBA nous a invités à faire un voyage au
delà de l’inconscient. Des visages, une multitude de visages
peints ou sculptés, rassemblés en cinq chapitres autour
du thème « Imprints » (empreintes). L’artiste
libanaise Béba Hamati cherche à traduire des sentiments
intenses par la présence récurrente du portrait, comme si
chaque visage surgissait d’un lointain souvenir…
Le parcours de l’exposition de Béba Hamati
était structuré suivant cinq mots-clés qui
définissent selon elle les différentes facettes d’une
empreinte. Comment ces termes ont-ils surgi ? « En fait, c’est au
cours d’une discussion que j’ai eue avec une amie sur l’empreinte
gravée par le souvenir d’une ancienne connaissance que nous
aimions beaucoup », explique Béba. Les cinq sections au
sein de l’exposition - « Immemorial », « Indelible
», « Remarkable », « Recurrent » et
« Invading » - intensifient selon la « portraitiste
» l’impact ressenti par la vue des œuvres.
Béba Hamati tient toujours à transmettre un
concept dans son travail artistique, ici le principe de l’empreinte des
êtres pour les œuvres qu’elle a exposées à l’ALBA.
Dès son enfance, l’artiste était attachée à
la véritable communication en face à face et
détestait avoir recours au téléphone, par exemple,
qui l’empêchait de déchiffrer les signaux silencieux
dévoilés par un visage. De même, elle s’est
toujours sentie concernée par les problèmes
d’appartenance, d’où sa démarche de placer la condition
humaine au coeur de son travail. Mais pourquoi ne représenter
que des portraits et pourquoi le corps humain est-il exclu du visage ?
« Ce que nous sommes en tant qu’apparence, personnalité et
émotions réside dans notre tête »,
explique-t-elle. « J’utilise le visage sans faire appel aux
autres détails corporels pour suggérer la présence
d’une personne et les subtiles différences que j’apporte dans la
gestuelle et dans les inclinations des têtes lui confèrent
une individualité. »
L’homme, une « pelote » de mémoire
Et lorsque je demande à Béba comment elle
conçoit la condition humaine, elle me livre alors cette
intéressante réflexion : « En ayant vécu
dans des villes aussi différentes que Beyrouth, Londres,
Singapour et Dubaï, j’ai découvert des cultures très
variées. Et pourtant, j’étais toujours
étonnée de remarquer combien nous sommes tous similaires
en tant qu’êtres humains. Les villes modernes sont
confrontées à des soucis communs. Nos succès sont
mesurés par les réseaux que nous traçons pour nous
intégrer dans la société. L’isolement est
d’ailleurs le moyen de punition utilisé dans les prisons. En
fait, l’Homme est une pelote de mémoires et d’espoirs, et nous
passons notre vie entière à chercher intensément
à « appartenir ». Ce que nous laissons comme traces
de nous-mêmes, et qui nous rend parfois mémorables, forge
notre individualité. Ainsi, nous sommes permanents tant qu’il y
a quelqu’un qui se souvient de nous. »
A chaque sujet sa technique
La démarche artistique de Béba Hamati
s’exprime par de techniques mixtes : la brique, le papier, la cire, les
fibres de verre, la résine, la toile imprimée, etc. Cette
polyvalence dans son travail prend naissance naturellement, sans
idée préconçue. « Je visualise les
matériaux comme des émotions enfermées qui seront
relâchées une fois cette matière manipulée
hors de son contexte traditionnel », m’explique Béba.
« Le choix de tel matériau et telle technique pour
illustrer tel sujet est tantôt le fruit d’une idée
instantanée, tantôt le résultat de longues
recherches ». Et ces recherches ne s’arrêtent que lorsque
l’artiste est totalement satisfaite de son résultat. Ainsi, le
travail de Béba dans sa section ‘Immemorial’, cherchant à
surpasser le temps et les frontières spatiales, a-t-il
été exprimé avec des pinceaux : le visage est
griffonné d’encre avant qu’il ne s’envole de sa mémoire,
comme si elle essayait d’attraper un rêve avant qu’il ne
s’efface. D’autres visages ont, eux, été
travaillés sur ordinateur, puis imprimés sur des tissus…
Chaque section de cette exposition illustrait donc une
technique différente : dans la section « Immemorial
», on remarque la présence de cinq grands tableaux fait de
papier, de fibre de verre et de résine ; dans la section «
Indelible », l’artiste a eu recours à une installation de
boîtes de bois surmontées de têtes en époxy ;
la section « Re-markable », consistait en une installation
de briques ; la section « Reccurent » était
représentée par une machine rotative et enfin, la section
« Invading » présentait 6 toiles informatisé.
Serena Abi Chebel, AP2
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