Mars 2006 / No.7
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Tout le monde en parle
Badih Massaad, un premier court-métrage reconnu internationalement

« Badkoun shi…t ? », ou le parcours sans faute d’un court-métrage, simple projet de diplôme en Audiovisuel qui n’en finit pas depuis de récolter les honneurs ! Sitôt obtenu son Master en Réalisation Audiovisuelle à l’ALBA en 2005, Badih Massaad a été sélectionné à trois reprises pour participer à différentes compétitions internationales autour du court-métrage, et non des moindres. Après le Festival « Né à Beyrouth » en août et le « Festival du film Européen » en décembre (où son court-métrage de 17 mn a obtenu le Prix Spécial du Jury), c’est en France que « Badkoun shi…t ? » a obtenu les faveurs des professionnels. Au « Festival International du court-métrage » de Clermont-Ferrand, fin janvier, le film de Badih fut la seule oeuvre libanaise à avoir été retenue au sein d’une programmation de vingt-trois courts-métrages au total.

« Badkoun shi…t ? », c’est une chronique réaliste de la vie quotidienne de la jeunesse libanaise qui vit au jour le jour, sans projet précis, mais traitée sur le ton de la comédie. « Moi, le cinéma, je suis tombé dedans quand j’étais petit ! », nous explique Badih. En effet, ayant grandi dans une famille de cinéphiles, en toute logique, son objectif professionnel a toujours été de raconter des histoires à l’aide d’une caméra. Et fort de ce premier succès, Badih Massaad s’est d’ores et déjà lancé dans l’écriture d’un autre film, avec le rêve de parvenir à conjuguer durant son futur parcours professionnel écriture et réalisation. « J’ai une vision polyvalente de ce métier et j’entends bien y arriver ». Souhaitons-lui bonne chance.

Daniel Georges, papa d’un « Little Phenician »

Voilà un diplômé en Architecture de l’ALBA (promotion 2002) qui a fait du chemin ! Après avoir fait ses premières armes dans un cabinet, il décide rapidement de fonder sa propre agence, « Minus 5 architects » ainsi qu’une autre, intitulée « Peephole » (judas). Pourquoi avoir choisi un tel titre ? « Parce que je cherche à exploiter la curiosité d’autrui ! ». Et voilà Daniel en route vers une autre aventure parallèle dans le cadre de cette agence : celle d’un petit personnage étrange - « Little Phoenician » - tout droit sorti de son imagination…

« Architecte, je suis aussi un passionné de BD, explique-t-il, et j’aime créer des personnages dans la tradition des héros américains. C’est ce qui m’a poussé à imaginer un personnage qui serait emblématique du Liban, une mascotte en quelque sorte. Et le petit phénicien m’est venu naturellement à l’esprit puisque les phéniciens sont nos ancêtres lointains ». Ce sont les événements du printemps 2005 qui ont poussé Daniel à mettre cette mascotte sur le marché « tout simplement parce qu’elle porte un message d’espoir et d’unité nationale. Elle symbolise à mes yeux le Liban tout entier, sans exclure personne ».

Ce projet, totalement indépendant et monté par Daniel avec ses fonds personnels, connaît déjà un réel engouement commercial. Et les perspectives à venir sont variées, depuis l’utilisation du personnage dans des contes pour enfant jusqu’à un dessin animé. Et, pourquoi pas, une bande dessinée à vocation éducative ou sociale, « pour lui donner une mission dans notre société ». « Little Phoenician », la preuve que l’on peut parvenir seul à mettre en pratique un projet initialement utopique…

Tony Chakar, “A window to the world”

Architecte de formation et enseignant en histoire de l’art à l’ALBA, Tony Chakar est un artiste aux multiples facettes. Dans le cadre du Forum « Home works III », un évènement organisé par l’association libanaise des Arts Plastiques Ashkal Alwan à la galerie Sfeir-Semler du 17 au 24 Novembre derniers, il a eu l’opportunité de présenter au public son œuvre - “A window to the world” – en compagnie d’autres artistes internationaux, tels que Renaud Auguste-Dormeuil, Hashem El Madani, Rana El Nemr, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Shirana Shabazi, Yang Zhenzhong…

“A window to the world”, c’est la phrase clef énoncée par Alberti, architecte de la Renaissance, qui définit l’espace de la perspective. Cette œuvre évoque le cas d’une femme qui vient d’acheter un nouvel appartement et qui se retrouve confrontée à la vision bornée d’un architecte, lequel lui décrit sa future maison à partir de dessins architecturaux totalement insignifiants. Et c’est à partir de cet épisode que Tony Chakar critique et démantèle notre vision du monde et la passivité de notre regard. Une critique qui s’adresse toutefois en priorité aux architectes, lesquels sont après tout les spécialistes en la matière…

Tony met ainsi le doigt sur la différence entre la vision des deux personnes, la différente perception de l’espace par cette femme étrangère au mode de représentation architecturale qui trouve aberrant de représenter un espace sur du papier… Est donc soulevé le problème du mode de représentation, que Tony remet lui-même en question dans l’exécution de son œuvre : celle-ci se compose de huit panneaux et d’une vidéo projetée sur la surface horizontale d’une table. Les panneaux sont imprimés en « blue print », une technique utilisée pour les dessins architecturaux, mais à la place des dessins figure un texte occupant la totalité de la planche. A travers ce texte, Tony dénonce les failles d’un système de pensée rationnel, qui naquit à la Renaissance, prenant forme dans l’invention de la perspective où tout est confiné dans un espace scientifique et où l’homme devient un sujet dans un espace aliénant. Il en résulte une perte des valeurs et de la sensibilité humaine. Conjuguant cela avec la réalité Libanaise, Tony nous incite par son œuvre à voir notre quotidien sous un nouvel angle plus critique.



Badih Massaad

Tournage du film de Badih Massaad

Daniel Georges

Little Phoenician


ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2006
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