Juin 2006 / No.8
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Evénement : Les journées de l’APERAU à l’ ALBA

Ce fut une première. L’Institut d’Urbanisme de l’ALBA s’est associé à l’I.F.P.O.* et à l’A.U.F.** pour accueillir les « Journées de l’APERAU » les 1er et 2 juin derniers. Au programme de ce colloque pluridisciplinaire, débats et ateliers de recherche sur le thème « Conquérir la ville. Réappropriations urbaines : acteurs, mécanismes, enjeux ». Franck Mermier, Directeur de l’I.F.P.O., nous en livre les grandes lignes.

L’édition 2006 des « Journées de l’APERAU » fut organisé autour de quatre grands thèmes : l’urbanisme institutionnel et opérationnel ; la réappropriation des espaces de la ville ; l’intégration et l’exclusion urbaines ; l’urbanisme et ses enjeux symboliques.Dans le premier atelier, Angus Gavin (Solidere), en charge de la reconstruction du centre ville de Beyrouth, a présenté les projets en cours concernant la réhabilitation de la Place des Martyrs. L’assassinat de Rafic Hariri et les manifestations sur la Place au printemps 2005 avaient obligé Solidere à redéfinir les instructions données aux candidats pour ce concours international : retrouver une centralité, élaborer un espace de rencontre en même temps qu’un centre d’affaires internationales, intégrer les sites archéologiques et créer une jonction entre le centre ville et le port. La part belle est faite dans ces projets aux espaces verts (39 ha sur une superficie de 91 ha), une innovation importante sachant que Beyrouth n’en compterait à ce jour que 38 hectares. Nabil Beyhum, enseignant à l’Ecole d’Architecture Paris-Val de Seine, a souligné l’importance du symbolisme dans l’urbanisme en prenant de nouveau l’exemple de la Place des Martyrs. Critiquant l’absence de prise en compte du lien social dans les projets d’urbanisme de Solidere, il a affirmé la nécessité de respecter un équilibre communautaire. Fadila Kettaf et Samira Gaid, de la Faculté d’Architecture d’Oran, ont présenté une communication sur la reconquête des espaces publics dans le centre ville d’Oran en soulignant l’absence de consultation des habitants et les diverses réactions des riverains et des commerçants.

Au cours du deuxième atelier furent évoqués les exemples d’Héliopolis au Caire (par Mercedes Volait, chercheur au C.N.R.S.), d’Istanbul et de Lisbonne (par Christophe Demazière, de l’Université de Tours) et de Tripoli (par Mousbeh Rajab, de l’Université Libanaise). M. Rajab a souligné que l’image de Tripoli était celle d’une ville rebelle et que les Tripolitains se sentent victimes d’un complot qui marginalise leur ville même si de nombreux projets urbains d’envergure y ont été réalisés, tels que la rénovation des berges du fleuve Abou Ali, la foire internationale, le stade olympique, etc. Toutefois, la plupart de ces projets fonctionnant peu ou mal, M. Rajab a posé la question des modalités du système de décision à Tripoli et souligné la fragmentation des pouvoirs de même que l’apparente passivité de ses habitants.

Lors du troisième atelier, consacré au thème de l’intégration et de l’exclusion urbaines, David Lepoutre (anthropologue, de l’Université d’Amiens) a traité des rapports sociaux dans une banlieue populaire parisienne à partir d’une enquête de terrain effectuée à La Courneuve. L’accent fut mis sur certaines spécificités françaises, telles que l’inter-ethnicité. Annie Tohmé Tabet (professeur à l’USJ) a pour sa part consacré son exposé au thème du pouvoir local dans une municipalité de la banlieue beyrouthine, en analysant les logiques qui commandent l’accès au pouvoir et les modalités d’intégration ou d’exclusion des différentes populations locales. Puis ce fut le tour d’Imen Ousselati (de l’Ecole d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis) d’étudier les modalités de reconquête du centre ville de Tunis à travers l’exemple du projet d’embellissement de l’avenue Habib Bourguiba.

Durant le dernier atelier, Sylvaine Bulle (de l’Université de Saint-Etienne) a traité des camps en Palestine en montrant le contraste entre la représentation politique du réfugié et la réalité urbaine de l’espace camp. Raffaele Cattedra (de l’Université de Montpellier III) a proposé de faire une comparaison entre les villes de Casablanca et de Naples en ce qui concerne la symbolique monumentale et la réappropriation des espaces publics. Il a notamment traité de la construction de la Grande Mosquée de Casablanca et de la réhabilitation du quartier du Plébiscite à Naples en soulignat l’importance de la confrontation entre l’urbanisme fonctionnaliste et les divers modes d’intervention sociale sur l’espace public. Jacques Beauchard (de l’Université Paris XII) s’est livré à une réflexion sur la centralité symbolique de la place des Martyrs et de l’axe historique du littoral urbain libanais.

Il m’est revenu de conclure ces entretiens, ce que j’ai fait en soulignant combien les enjeux économiques, politiques et symboliques dont l’espace urbain est le support dépassent le territoire de la ville, en montrant la multiplicité des pouvoirs et des opérateurs agissant sur l’espace urbain, et l’importance de l’intervention politique qui dénote une disjonction entre Etat et société urbaine. Au final, tous les participants se sont réjouis de la qualité des échanges durant ces deux journées, lesquels donneront lieu à une future publication.

Franck Mermier, Directeur de l’I.F.P.O.

* Institut Français du Proche-Orient
**Agence Universitaire de la Francophonie



Les participants



ACADEMIE LIBANAISE DES BEAUX-ARTS - UNIVERSITE DE BALAMAND 2006
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