Juin 2006 / No.8
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Evénement : Les riches heures de Baalbeck

Comment raconter l’histoire d’un lieu qui porte en lui une histoire remontant à la nuit des temps et qui, en même temps, propose chaque été au public l’histoire de toutes les civilisations du monde ? Peut-être faudrait-il commencer par un regret : celui de n’avoir pas assisté au Festival du temps de la splendeur de mon pays… Cet article sera donc dédié à ceux, qui comme moi, n’étaient pas nés pour la savourer. Je les invite à découvrir l’histoire du Festival International de Baalbeck.

Le Festival International de Baalbeck a fait ses premier pas en 1955, dans le but de promouvoir le tourisme et la culture libanaise. Il consiste alors en de simples activités culturelles au sein de l’acropole romaine. Mais c’est en 1956 que le Comité d’Organisation du Festival est créé, soutenu par Camille Chamoun, le Président de la République de l’époque. Le Festival commence alors à prendre forme et, cette année-là, trois représentations se dérouleront dans les temples de Baalbeck parmi lesquelles le « Jules César » de Shakespeare. Deux ans plus tard, le nombre de représentations à Baalbeck avait déjà doublé et, très vite, le Festival a étendu sa renommé hors de nos frontières. Salwa Es-Said, première présidente du Festival, affirme qu’au début des années 70 le nombre de propositions d’artistes qu’ils recevaient était tel qu’ils avaient du mal à sélectionner les participants. En moins de vingt ans, le Festival International de Baalbeck s’était donc fait une place de choix dans tous les agendas culturels du monde.

Les plus grands artistes mondiaux ont défilé sur les scènes des Temples de Bacchus et de Jupiter. Chanteurs, danseurs, acteurs et musiciens aimaient se produire dans ce nouvel Orient qui les acclamait chaque année plus chaleureusement. Nos grands-parents ont donc eu la chance d’assister aux plus prestigieuse représentations de l’histoire artistique contemporaine : ils ont vu tour à tour des magiciens de la danse tels que Maurice Béjart, Alwin Nikolaï, Margot Fonteyn et Rudolf Noureev, des rois du Jazz comme Dizzy Gillepsie, Charles Mingus, Miles Davis et la fabuleuse Ella Fitzgerald. Sans oublier les plus grands orchestres qui donnèrent des représentations exceptionnelles : l’Orchestre Philharmonique de Berlin, dirigé par Herbert Von Karajan, en 1968 ou, en 1969, l’Orchestre de Leipzig qui accompagnait Rostropovitch au violoncelle et Richter au Piano, ou encore, en 1973, l’Orchestre de chambre Jean-François Paillard avec le flûtiste Jean- Pierre Rampal. Mais Baalbeck a aussi abrité les voix des plus grandes cantatrices, comme Elisabeth Schwarzkopf, Oum Koulsoum, qui envoûta la scène en 1966 et 1968, et Fairouz, notre diva libanaise qui interpréta des pièces spécialement composées pour elle par les frères Rahbani. Enfin, Baalbeck a aussi accueilli les plus grands acteurs. Il faudrait citer « The Traverse Theatre Company » qui présenta « Mourning Becomes Electra » de Eugène O’Neil dirigé par Gordon MC Douglas en 1968 et le « Prospect Theatre » qui vint en 1973 représenter « The Royal Hunt of the Sun » de Shakespeare avec pour directeur de scène Tobey Robertson.

Une « pause » forcée de… 22 ans
Ainsi, de 1956 à 1974, le Festival International de Baalbeck a vraiment connu ses heures de gloire ; mais en 1975 la guerre civile libanaise éclate, empêchant le Comité de poursuivre son activité. Un arrêt de 22 cruelles années jusqu’en 1997, où Festival reprend ses habitudes dans un sursaut d’énergie. Les grands artistes n’avaient pas oublié les saveurs de la scène de Baalbeck et plusieurs d’entre eux revinrent pour des représentations « d’après-guerre » : ainsi, en 1997, Rostropovitch revint en tant que soliste de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France tandis qu’en 2005 Baalbeck accueillait encore plus chaleureusement Dizzy Gillespie pour un fabuleux concert de Jazz. Mais le Festival ne s’est pas contenté de ces souvenirs nostalgiques. Il a d’emblée pris pied dans une époque nouvelle en invitant les plus grands artistes contemporains : les chanteurs Charles Aznavour, Johnny Hallyday, June Anderson et Sting ; les musiciens de jazz Anouar Brahem en 2000 et 2001, Ahmad Jamal en 2003 et dans un style moderne, en 1999, Vanessa Mae. A cette longue liste il faut ajouter les artistes libanais tels que Fadia El-Hage, Charbel Rouhanna, Rafic Ali Ahmad et Marcel Khalifé.

Cette année, le Festival International de Baalbek fête son cinquantième anniversaire. Il annonce déjà un programme haut en couleurs et prévoit la venue d’environ 40.000 spectateurs, un nombre spectaculaire qu’il atteint fièrement chaque année désormais. Ce rendez-vous est l’exemple vivant de la splendeur de notre pays. Malgré une pause longue de 22 ans, il demeure l’événement culturel majeur du Moyen-Orient maintenant ainsi le Liban dans la liste des pays culturels et touristiques les plus convoités.

Pour clôre cet article, j’aimerais lancer un appel à tous ceux qui ont raté les plus belles prestations artistiques de l’histoire pour qu’ils rejoignent la grande famille de Baalbeck en venant se produire à leur tour sur notre sol.

Diala Lteif, A.I. 2

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