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Conférences : Bernard Khoury,
William Sawaya et Paolo Moroni à l’école d’architecture
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Bernard Khoury est
à tous égards un personnage à part.
Jeune figure de proue de la “nouvelle vague” architecturale au Liban,
il se présente aussi comme un emblème suprême et
vivant sur la scène de l’architecture contemporaine,
incontestable icône.
Né à Beyrouth en 1968, Bernard Khoury quitte
temporairement le pays en 1986 en vue d’entamer des études en
architecture aux Etats-Unis. En 1991, il est le récipiendaire
d’un diplôme en architecture à la “Rhode Island School of
Design” doublé en 1993 d’un “Master of Architectural Studies”
à la “Harvard University Graduate School of Design”.
De retour à Beyrouth en 1994, il établit sa propre
boîte d’architecture et de design, baptisée aujourd’hui
“DW5”, où il développe désormais et avec
acharnement sa pratique d’architecte.
« Beyrouth | Plan B »
« Fantastique et terrifiant, s’exclame Bernard Khoury en parlant
du Beyrouth d’après-guerre; [qui] ressemble à une version
hyper contemporaine et anarchique de la ville capitaliste sous
influences occidentales. »
« I try to take the context and reformulate it »
souligne-t-il de plus.
Son contexte réel ? Beyrouth, la ville où il est
né, la ville de toutes les guerres …
S’adressant en premier aux habitants de sa cité, il aura compris
que pour être international, il faut être d’abord
résolument local.
Au fil de ses œuvres architecturales successives, du B018 jusqu’au IB3
Building, en passant par La Centrale, le Yabani Bar, la BLC Bank, le
Black Box People Restaurant et autres constructions, Bernard Khoury
semble sans cesse dédier ses références aux
paradoxes modernes d’une société libanaise
d’après-guerre terriblement blasée et aux
réalités urbaines de Beyrouth, profondément
contradictoires et conflictuelles.
« Beyrouth est un laboratoire aux conditions explosives et aux
situations brûlantes, affirme-t-il, véritable machine
incassable qui tourne très vite et de façon
imprévisible. »
Au lieu de se taire et d’adhérer à une politique
“amnésique” de reconstruction historiciste comme « si rien
ne s’est passé », au lieu de se lamenter sur les
déboires de l’histoire, Bernard Khoury propose par là
même une réévaluation efficace des besoins concrets
de la ville de Beyrouth, dans un mouvement vers une architecture qui
intègre la complexité, la sensibilité et la
dynamique; une architecture qui se penche surtout sur les
problèmes d’une ville meurtrie par la guerre; une architecture
qui résiste aux définitions commerciales et rejette la
“mauvaise construction de promoteurs”; une architecture au quotidien
qui conserve ses droits à l’universalité et à
l’actualité; une architecture en perpétuel devenir,
métaphore unificatrice de l’espace, du temps et du corps.
Bref, il s’agit là d’une architecture pour ceux qui se trouvent
dans un état de crise.
« I don’t like pretty things; my projects are not about style.
Cute buildings don’t have a place in Beirut; it’s one of the ugliest
cities on earth. We have to do something with this ugliness, embrace
it. »
Vision apocalyptique, la sienne ? Seulement dans le sens où il
est important de faire face aux choses telles qu’elles sont. Voir ce
qui est laid, voir ce qui pose problème, en dialoguant avec, en
le comprenant, en le prenant en charge. Acte politique volontaire,
plutôt.
Bernard Khoury forge sa propre voie, celle d’une approche
fondamentalement expérimentale.
Auteur de nombreux projets expérimentaux, parmi lesquels
“Evolving Scars”, cicatrices en évolution, réalisé
en 1993 sous la forme d'une proposition pour la
récupération et la modification progressive de structures
spatiales endommagées par la guerre civile, il sonde avec grand
intérêt, l’étroite relation qui régit les
notions délicates de mémoire, de démolition et de
reconstruction.
« L’expérimental est nécessaire si l’on veut
survivre; écrit Lebbeus Woods, grand architecte chercheur
américain. La créativité et l’invention ne sont
pas simplement des options mais une nécessité, parce que
l’ancien système s’est effondré. »
L’audace de la conception architecturale chez Bernard Khoury est en
l’occurrence sa plus grande vertu. Pragmatique et subversive à
la fois, elle procède par ruptures brutales et points de suture.
Elle tire son inspiration directe d’une esthétique machiniste
spécifique à la guerre et puise sa force inouïe dans
un jeu de contrastes frappants et de contradictions inhérentes :
passé macabre et avenir radieux … amnésie et
surexposition … hostilité et complicité … autant
d’ingrédients qui alimentent son travail. Relevant de
l’insolite, du temporaire voire parfois de
l’éphémère, elle recèle une multitude
d’associations et de connotations. Curieuses “anomalies”, elles
fonctionnent à la manière de “dispositifs”
mécaniques savants, engins urbains visionnaires dans une ville
ravagée par la guerre. Elle exploite de même et à
fond, le potentiel infini des structures militaires. Coquille,
carapace, bunker, tank, silo à missiles ou prothèse
métallique, ses oeuvres constituent une véritable
projection dans la réalité crue d’une ville
décadente, opérant comme des véhicules,
catalyseurs d’énergie, générateurs de vie
nouvelle. L’architecte confirme fermement à cet égard :
« My buildings are used and abused: they are sometimes loved
sometimes hated. My buildings have a life. »
Architecte de l’Impossible, Architecte de l’Ombre, Bunker Designer,
Beirut’s Man In Black, Past Master, Beirut’s Bad-Boy, Beirut’s Rebel
Architect, Heavy Metal Architect, Underground Architect … peu importent
les grands labels pour un architecte rebelle oeuvrant à
contre-courant. Bernard Khoury mène de plus belle son inlassable
combat dans sa quête architecturale effrénée.
Rudy Ricciotti, architecte français de renommée, constate
à ce propos :
« El Khoury is an aeronautic engineer, a ship-building mechanic,
an electrician of pleasure. Without him the “combat architect” was
about to disappear. »
Avril 1998, le magistral B018 est né. Mars 2008, une
décennie est passée. Bernard Khoury est parmi nous ce
soir. Chers étudiants et collègues de l’ALBA, je vous le
dis … et je m’en réjouis.
Plan « B » … Système « D ». D, Design ou
Destruction ?
Je clôture sur cet extrait fabuleux, signé Lebbeus Woods :
« Architecture and war are not incompatible. Architecture is war.
War is architecture. I am at war with my time, with history, with all
authority that resides in fixed and frightened forms. I am one of
millions who do not fit in, who have no home, no family, no place to
call my own, no beginning or end. I declare war on all icons, on all
histories that would chain me with my own falseness, my own pitiful
fears. I am an architect, a constructor of worlds, a sensualist who
worships the flesh, the melody, a silhouette against the darkening sky.
I cannot know your name. Nor you can know mine. Tomorrow we begin
together the construction of a city. »
Samer Eid Architecte
William Sawaya et Paolo Moroni
Le 6 mai 2008
Organiser des événements dans notre pays est actuellement
une entreprise périlleuse ,et cette fois nous l’avons
échappé belle!
Pas même 24 heures après la date de la conférence
organisée en collaboration avec Déco Magazine autour des
géants du Design, William Sawaya et Paolo Moroni, à
l’Hôtel Monroe du Centre Ville, Beyrouth se transforme en un
enfer de sang… loin du monde merveilleux et des promesses d’un futur
meilleur décrits par Sawaya dans son introduction à la
notion de Design…
Une salle archicomble attend nos célèbres
conférenciers, composée d’étudiants, toutes
écoles confondues, de professionnels, ainsi qu’un public averti
venu découvrir où en est le Design Now ( titre de la
conférence).
C’est William Sawaya qui se charge de mener la première partie
de la conférence, laissant à son associé Paolo
Moroni la partie la plus croustillante, un débat à
bâtons rompus avec l’assistance, étudiants et professeurs.
Sawaya, architecte d’intérieur et designer libanais,
installé à Milan depuis bientôt trente ans, nous
raconte d’abord comment naît l’association entre lui-même
et Moroni, philologue à l’origine, homme d’affaires rompu au
commerce de meubles entre Londres et les Etats-Unis: après
l’établissement du bureau d’études SAWAYA & MORONI en
1978 à Milan, ils se lancent en 1984 dans l’édition de
meubles, basée sur “la recherche continue,
l’expérimentation de nouveaux matériaux, de nouveaux
concepts, et surtout, l'application de toutes les technologies
disponibles, en harmonie avec l’environnement, avec l'espoir que
certains de ces produits puissent résister au passage du temps
pour devenir des classiques », et collabore autant avec les
grands noms de l’architecture et du design ( Hadid, Nouvel, Citterio,
Fuksas, Perrault, Sottsass, Rashid, Mari, Young,...) qu’avec les jeunes
talents à qui ils offrent les mêmes chances.
Sawaya met de suite l’accent sur l’importance de ces objets du
quotidien, « qui sollicitent nos émotions sans que l’on ne
s’en apercoive, et qui aident à améliorer la
qualité de vie de l’ultilisateur ». Il définit
alors deux catégories d’ objets: d’abord les “objets de
désir”, ce sont les objets à édition
limitée; ils sont numérotés datés et
signés et forment la plus grande partie de la production de la
maison SAWAYA & MORONI; certains de ces objets font partie de
collections permanentes des plus grands musées internationaux.
Ensuite les produits industriels, et là, Sawaya met en exergue
les difficultés inhérentes à leur production
puisqu’ils doivent impérativement répondre à de
sévères critères de commercialisation, et
être soumis à une bonne campagne de marketting afin
d’assurer leur distribution.
Sawaya parle alors des différents facteurs qui entrent en jeu
dans la création des objets, et du rôle unique que joue
l’ordinateur dans l’exploration des formes, mais désapprouve son
utilisation exclusive et abusive, impliquant un résultat de plus
en plus stéréotypé. Il nous apprend aussi que ce
n’est qu’au moment de la production que l’on arrive vraiment à
la définition de la forme et à l’identification des
problèmes techniques à résoudre.
En abordant le sujet de la situation du design au Liban, Sawaya reste
prudent mais déplore que , en dépit du fait que les
jeunes designers libanais aient une excellente préparation
académique, il n’existe pas à proprement parler une
industrie de meuble de design au Liban. Il met le doigt par ailleurs
sur l’absence de protection sur les droits d’auteur, et les mauvaises
copies d’objets de design dont le marché libanais est
infesté. Il propose l’idée de création d’une
association qui prendrait en charge les nouveaux talents , investissant
dans leurs projets et organisant leur participation dans les Salons
spécialisés internationaux en représentant le
Liban, vendant par la même occasion un autre image de notre pays
que celle étalée dans les médias actuellement.
Qui mieux que nos jeunes créateurs pourrait être
ambassadeurs de culture, d’ouverture et de paix….
JOSIANE TORBEY |
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