|
|
| En 1993, d'importantes
fouilles sont entreprises dans le centre de Beyrouth dévasté
par la guerre. Elles atteignent leur apogée en 1995. Lentement,
la notion de patrimoine et son rôle social, installée dans
ses prémices au Liban sous le mandat français, s'inscrit
dans le schéma de reconstruction de la capitale. Les fouilles urbaines,
par leur présence au coeur de la cité, font émerger
un rapport étroit entre le présent et l'Histoire. Les strates
des diverses civilisations affleurent comme autant de résurgences
d'un passé que la mémoire collective redécouvre. |
| En 2002, les étudiants
de l'Académie Libanaise des Beaux-Arts (ALBA) et de l'Ecole Nationale
Supérieure Louis Lumière, réalisent une campagne de
prises de vues de quelques-uns des sites cardinaux; des lieux où
s'exprime la dimension historique, mais également ethnologique,
culturelle et spirituelle d'un héritage qui administre la permanence
du passé au-delà des transformations morphologiques de la
ville. L'exploration de lieux hybrides où s'entrecroisent les vestiges
comme autant de symboles de l'individuel et du collectif, du profane et
du sacré, du militaire et du marchand, éveille la conscience
et suscite les émotions d'une génération qui doit
se réapproprier la ville et son histoire. |
| Le glacis de la
ville cananéenne (3e millénaire) dans la région du
Tell, au Nord de la place des Martyres, les restes du Cardo maximus romain
avec, dans leur prolongement, la cathédrale maronite Saint-Georges
du XVIIIe siècle, les bains romains en contrebas de la colline du
Sérail, témoignent de la permanence du génie humain.
Au-delà des frontières, dans l'espace clos d'une cité,
des civilisations ont marqué de leur sceau la nation libanaise.
Des appareillages de pierres des défenses phéniciennes aux
fortifications médiévales, les photographies sont une prise
de conscience de l'influence de la civilisation grecque, romaine, byzantine
et ottomane. Les images s'inscrivent dans des synergies d'approches multiples
et d'attaques complémentaires pour affirmer la cohérence
d'un passé revisité et assumé. |
| Françoise
Denoyelle, ENS Louis Lumière |
|